Okja

Okja, un film engagé qui remet en question notre consommation

Okja est le dernier film en date du réalisateur sud-coréen Bong Joon Ho. Percutant, il met également en lumière les travers de notre société actuelle qui consomme aveuglément sans remettre en question le système dans lequel elle évolue.

Dans Okja, une multinationale en quête d’une nouvelle image, Mirando, organise un concours international d’élevage autour d’un porc génétiquement modifié, pensé pour être peu polluant, rentable et surtout…délicieux. Okja c’est le porc élevé par Mia et son grand père dans les montagnes sud-coréennes pendant dix ans. Très attachée à l’animal, Mia remuera ciel et terre pour la récupérer lorsque celle-ci est saisie par Mirando à l’issue du concours.

Okja, Bong Joon Ho, Netflix

Okja, Bong Joon Ho, Netflix

Bong Joon Ho est un réalisateur engagé. Avec ses anciens films il avait déjà œuvré dans le sens de la critique. Critique sociale d’abord avec Snowpiercer dans lequel l’humanité réfugiée dans un train, a reconstitué une société inégalitaire où les riches exploitent les plus pauvres, cantonnés eux dans les wagons de queue. Critique écologique ensuite, avec l’excellent film de monstre The Host où la pollution d’un fleuve mène à la naissance d’une créature aquatique massive et dévastatrice.

Ce dernier film qu’est Okja est un concentré de dénonciation où, à partir d’une seule histoire, Bong Joon Ho nous montre le lien étroit qui relie différentes causes.

En premier lieu, le réalisateur propose une réflexion sur le capitalisme. Dans le film, l’entreprise Mirando cristallise tout ce qui est reproché au capitalisme, à savoir la nécessité de faire de l’argent en dépit des conséquences même si cela nécessite de mentir ou de maquiller la vérité. La multinationale Mirando et ses manipulations génétiques, évoquent sans aucun doute la terrible entreprise Monsanto, même si le réalisateur n’a pas confirmé de lien avéré entre elle et sa multinationale imaginaire.

« Pour moi, les sœurs Mirando dans Okja représentent deux visages du capitalisme, l’un intraitable, l’autre un peu plus respectueux –du moins en apparence. Mais ces deux visages reflètent la même réalité. Le capitalisme peut afficher un visage humain, mais son cœur lui, ne change pas – c’est une vision un peu pessimiste, je l’avoue. » Bong Joon Ho

Tilda Swinton dans le rôle d'une des sœurs Mirando, l'actrice avait déjà tourné avec Bong Joon Ho sur Snowpiercer

Tilda Swinton dans le rôle d’une des sœurs Mirando, l’actrice avait déjà tourné avec Bong Joon Ho sur Snowpiercer

Pour redorer son image, Mirando travestit une expérimentation de masse en un jeu concours à grand renfort de paillettes, de couleurs saturées et de cochon mignon. Les laboratoires lugubres ne sont pas montrés, les animaux « ratés » issus des premières expériences également.

Dans un second temps, le propos est écologique. Dans le film, le cochon transgénique a été créé afin d’être, entre autres, moins polluant car c’est un fait, l’élevage de masse est véritablement un désastre environnemental. Mirando essaye alors de vendre son produit en lui prêtant une vertu écologique. On se retrouve donc face à une logique curieuse : pourquoi ne pas s’interroger sur notre consommation de viande, plutôt que de créer un animal répondant à cette demande de viande ?

En relation avec ce questionnement, Bong Joon Ho aborde un dernier thème important : la réalité animale dans le contexte de la consommation carnée.

L’élevage intensif, en plus d’être une aberration écologique, est un processus niant entièrement le bien-être animal. Entassés, les uns sur les autres, les animaux ne sont plus considérés comme des êtres vivants mais comme des numéros, des corps désincarnés dont la seule valeur est celle du rendement.

La relation entre Okja et Mia vise à nous faire comprendre qu’il n’y a pas de différences entre les animaux que l’on chérit et ceux que l’on mange. Cette dissociation, hiérarchise la valeur des espèces en fonction de la proximité que nous avons avec elles, le tout en niant la capacité émotionnelle de ces animaux destinés à l’abattoir.

Okja

Okja

Ce sont des êtres sensibles à l’instar de votre chien ou de votre lapin. Pour Bong Joon Ho, il était alors essentiel de mettre en évidence cette incohérence psychologique comme le prouve cet extrait d’une interview donnée à The Guardian : « Les films soit nous montrent les animaux comme des âmes sœurs, soit nous les voyons dans les documentaires être abattus. J’ai voulu fusionner ces deux mondes. La division nous permet de bien le vivre  mais la réalité c’est que ce sont les même animaux »

Okja est une œuvre puissante, lourde de sens avec de nombreux messages engagés. Bong Joon Ho pousse ainsi son spectateur à ouvrir les yeux sur lui-même et la société. Il encourage également, au minimum, à une reconsidération de notre consommation ainsi qu’à un réveil citoyen face aux industriels.

 

 Sources / Pour aller plus loin :

Si vous voulez en savoir plus à propos de la « polémique cannoise » au sujet du film, je conseille cette vidéo très intéressante d’INTHEPANDA !

Interview de Bong Joon Ho par Ryan Gilbey-The Guardian

Interview de Bong Joon Ho par Léonard Haddad – Premiere

→ Entretien de Bong Joon Ho par Samuel Douhaire – Télérama

Interview de Bong Joon Ho par Gauthier Jurgensen – Allocine

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