Charmed, une série imparfaite qui a initié mon féminisme #3 : les défauts

Dans cette troisième partie, je souhaite aborder ce qui représente à mon sens, les défauts de Charmed. La série est riche en qualités mais malgré tout, je dois admettre qu’elle tombe dans certains travers.


En passant, pour ce qui est des effets spéciaux on va pas en débattre dix ans : parfois il y a de gros loupés (genre l’épisode Lune bleue) mais globalement je trouve ça très honorable. Fin de la parenthèse ^^


Charmed et le manque de diversité

En général

Le casting de Charmed est majoritairement blanc tout le long de la série. Les personnages de couleurs « récurrents » sont très peu nombreux.

Darryl et Sheila joués par Dorian Gregory et Sandra Prosper

Darryl et Sheila joués par Dorian Gregory et Sandra Prosper

  • Saison 8, Ange du destin

    Saison 8, Ange du destin

    Darryl Morris d’abord puis son épouse Sheila Morris : Darryl est policier, il s’avérera être un allié de poids pour les sœurs quasiment tout le long de la série (en plus d’un ami). En effet, grâce à son métier il peut informer les Halliwell quand une affaire semble flirter avec une origine démoniaque : les sœurs lui rendent alors service en enrayant la menace. D’un autre côté, Darryl use de sa position pour protéger efficacement le secret des sorcières afin qu’elles puissent agir sans craindre pour leur liberté et leur vie dans la société (par exemple éviter d’être arrêtées et étudiées). Darryl et Sheila auront deux fils.

  • La prophétesse : une entité démoniaque notamment au service de la Source du mal. Elle prend de l’importance quand Cole devient la Source puis elle est éliminée par les sœurs.
  • un ange du destin

Et après je me souviens de la présence très faible de personnes d’origine asiatique ou indienne par exemple.On peut ainsi citer notamment trois épisodes : l’un sur la mafia chinoise (Histoires de fantômes chinois, saison 1), un centré sur le nouvel an chinois ( Le Sceptre du Zodiaque, saison 8) et un centré sur les divinités hindoues (Ensorcelés, saison 7). La diversité est alors souvent introduite suivant l’intrigue magique à venir et rarement dans d’autres cas. Aurait pu mieux faire pour présenter une diversité constante et pas uniquement quand ça arrange.

épisode Histoires de Fantômes Chinois, saison 1 Holly Marie Combs et John Cho

épisode Histoires de Fantômes Chinois, saison 1 Holly Marie Combs et John Cho

Il en va de même pour la représentativité d’autres « minorités » : aucun souvenir d’un personnage LGBTQ+ par exemple.

(LGBTQ+ = Lesbienne/Gay/Bisexuel.le/Transgenre/Queer/Intersexué.e)

Concernant les femmes

Le souci de diversité concernant la représentation féminine est axée sur deux aspects : la « destinée » féminine et le physique féminin.

Le mariage de Paige et Henry

Le mariage de Paige et Henry

Comme l’a souligné l’article de Madmoizelle ou encore cette critique de la série faite par Au bazart des mots, les sœurs finissent toutes mariées à un homme et ont des enfants. Je n’ai rien contre ces deux choses qu’on se le dise mais elles n’ont rien d’obligatoires. Or dans la série ces deux buts apparaissent comme indispensables pour l’épanouissement de nos sorcières. Je pense surtout à Phoebe qui parfois poursuit ce but de maternité avec une réelle obsession. Il aurait été agréable d’en voir une en couple mais sans se marier ou que l’une d’elles n’ait pas d’enfants par exemple. Ce sont des thématiques que je n’ai pas non plus trouvé chez d’autres personnages (sinon ravivez ma mémoire). J’approfondirai cet aspect dans la partie sur l’essentialisme.

Ensuite concernant le physique ou du moins sa représentation le problème est dans la récurrence. Vous vous souvenez quand j’ai dit dans l’article 2 que Brad Kern a repris seul les commandes du show suite au départ de Constance M.Burge ? Et bien en plus de l’impact sur l’atmosphère et le bestiaire de la série, cela a eu un impact sur les costumes, et pas des moindres.

En effet, au fil de leurs transformations en entités ou personnages historiques, les sœurs sous l’ère Brad Kern ont (très) souvent eu des costumes moulants et/ou avec peu de tissus. Le but : montrer les plastiques des actrices, notamment celles d’Alyssa Milano et de Rose McGowan. De fait, peut être ne l’aviez vous pas remarqué mais quand les sœurs sont toutes les trois transformées en même temps, Piper jouée par Holly Marie Combs, est toujours la plus couverte.

Petit Florilège :

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Je pense personnellement que c’est un choix influencé par l’actrice elle-même qui est plutôt pudique (à ce que j’ai compris). Elle a par exemple refusé rapidement au début de la série le port de rembourrage au niveau de la poitrine (car elle était selon certains moins bien fournie par la nature que ses collègues), chose qu’elle trouvait absolument ridicule. Alyssa Milano et Rose McGowan sont plus à l’aise avec le côté sexy de leurs corps et dans le fait de le montrer, ce dont Brad Kern a profité pour leur faire enfiler des tenues bien pratiques pour satisfaire le « male gaze » (=regard masculin). Billie, la jeune recrue des sorcières des dernières saisons interprétée par Kaley Cuoco n’échappera pas non plus aux tenues sexy (quitte à allègrement côtoyer le non sens pratique comme dans le 5e élément).

→ Un article très intéressant pour mieux comprendre le male gaze : https://cafaitgenre.org/2013/07/15/le-male-gaze-regard-masculin/

On notera également que de nombreux personnages féminins démoniaques sont sexualisés par leurs costumes comme L’Oracle de la source, la voyante démoniaque Kyra ou encore la reine des vampires, car on a tôt fait d’associer le « mal » à la luxure et donc à la séduction mais c’est une conjugaison au féminin, les démons mâles étant habillés le plus sobrement du monde et toujours bien couverts la grande majorité du temps.

Il faut tout de même préciser que le sexy n’est pas entièrement l’apanage de Brad Kern, on en trouve également dans les saisons où étaient encore présente Constance M.Burge.  De plus, les tenues sont aussi liées aux personnages eux-mêmes. Les protagonistes ont en effet chacune des goûts vestimentaires plus ou moins affirmés d’où des variations de style entre personnages : Phoebe est connue pour son amour du glamour ce qui n’est pas du tout le cas de Piper qui préfère des tenues plus sobres. Je précise que les tenues sexy ne sont pas mauvaises ou que c’est mal de s’habiller ainsi : PAS DU TOUT. J’apprécie que la série présente des personnages à l’aise avec leur sexualité. Le souci c’est la fréquence et parfois le manque de justifications, notamment quand la tenue n’est pas pratique par rapport à son contexte.

Je tenais également à préciser que Brad Kern a été accusé d’harcèlement sexuel (et également de propos racistes) par plusieurs personnes ayant travaillé avec lui. Certains faits remontraient également à la période où il œuvrait sur Charmed. Il aurait ainsi maintes fois eu des propos déplacés à l’égard de ses collègues féminines et notamment les équipes de scénaristes. Les actrices Alyssa Milano et Holly Marie Combs, même si elles n’en n’ont pas été témoin durant la série (Brad Kern n’étaient pas forcément sur les plateaux de tournage), ont publiquement condamné ces agissements. Holly Marie Combs a d’ailleurs sommé l’ancien showrunner de vendre le Livre des Ombres qu’il a toujours en sa possession et de donner les recettes à une association aidant les femmes.

Voilà Voilà…

L’essentialisme de Charmed

Qu’est-ce que l’essentialisme ?

L’essentialisme en sociologie est la pensée selon laquelle les individus auraient des caractéristiques innées du fait de leur appartenance à certaines catégories. On lui oppose souvent le constructionnisme qui lui dit que les individus « se construisent ».

Pour en savoir plus sur les notions d’essentialisme, de constructionnisme : lisez cet article : https://cafaitgenre.org/2015/07/20/petit-lexique-du-genre-3-essentialisme-constructivisme-socialisation-de-genre/

ou celui-ci : https://www.eveprogramme.com/14474/cest-quoi-lessentialisme/

Dans le cas du féminisme et du genre, l’essentialisme est pointé du doigt car il écarte l’influence déterminante de la société et de l’éducation dans la construction de l’identité. Selon l’essentialisme, les femmes seraient naturellement plus ceci ou plus cela. Or chez les humains tout n’est que culture, le genre ne fait pas donc pas exception. Au delà du sexisme millénaire qui attribuait « naturellement » aux femmes la faiblesse d’esprit et une instabilité émotionnelle, l’essentialisme joue également un grand rôle dans la justification foireuse des discriminations en général.

La biologie du cors féminin a bien une incidence sur les individus de sexe féminin (les règles, la possibilité de la maternité, des organismes qui réagissent différemment…) mais elle ne les définit pas dans leur être. La biologie n’est pas entièrement à l’origine de l’individu, c’est surtout la culture et l’expérience qui le sont.

→ Sciences et Avenir – Masculin, féminin, des rôles fabriqués

Dans le cas de Charmed, l’essentialisme s’active sous plusieurs formes mais j’aimerai aborder les deux qui me semble évidentes : la maternité et la supposée complémentarité/différence des sexes (à travers l’examen de deux épisodes).

La maternité dans Charmed

En ce qui concerne la maternité, déjà on l’a vu, les sœurs ont toutes des enfants et Phoebe fait même une fixette sur ce but. La série valorise énormément l’épanouissement par la maternité. Il n’y a qu’à voir d’ailleurs le traitement dont la grossesse de Piper bénéficie (surtout la première), durant laquelle la sorcière est littéralement invincible. Pour ma part j’ai bien aimé ce côté « femme enceinte badass » je l’avoue. Pour mon plus grand bonheur, le personnage a également gardé son autodérision ainsi que son caractère un poil excessif. De plus, j’aime la manière dont Piper incarne le rôle de mère, à la fois douce et protectrice, battante mais humaine.

Je m’intéresse énormément à la grossesse et à la maternité dans son ensemble donc l’arc de la grossesse de Piper m’a parlé et m’a plu, mais avec du recul, la série en a peut être trop fait. Par exemple, le moment de la naissance de Wyatt est quasi biblique ! Suite à une prophétie annonçant la venue au monde de la plus puissante des créatures (spoiler c’est Wyatt), la magie disparaît puis revient dans un halo de lumière au dessus de Piper au moment de la naissance. En gros Piper a accouché de Jésus (métaphoriquement mais quand même) !

Tout cela intégré à un contexte où les trois sœurs veulent ardemment se reproduire (même l’enchanteresse maléfique de Paige est obsédée par son désir d’héritier) conduit à présenter le fait d’avoir un enfant comme un but naturel, ce qui est dérangeant car une femme ne se résume pas à sa capacité à porter la vie. En effet est-on moins femme si on a pas les « bons » organes génitaux ? Si on décide de ne pas avoir d’enfants ? Qu’est-ce qu’être une femme d’ailleurs ? La maternité (et la parentalité) est une composante de la vie, assez incroyable certes (c’est une mécanique corporelle et émotionnelle de dingue), mais elle ne doit pas être traitée comme étant déterminante et globale. C’est un équilibre difficile que la série a eu du mal à tenir.

La série joue aussi sur le soi-disant instinct maternel dans l’épisode de la saison 6 nommé L’apprenti sorcier. Dans cet épisode, les pouvoirs de Wyatt, trop visibles et mettant à mal le secret de la magie, des « nettoyeurs » décident de l’enlever et de faire disparaître toute trace de son existence dans la vie des Halliwell : les soeurs oublient alors Wyatt ainsi que le déroulement des dernières 24h. Phoebe et Paige, en se rendant sur leurs lieux de travail constatent rapidement que quelque chose ne va pas et qu’elles ont oublié certains événements. Piper de son côté se rend compte aussi du problème mais pas à cause de preuves factuelles, non, elle « sent » un manque et continue, alors qu’elle est censée avoir oublié jusqu’à l’existence de son fils, d’agir et d’avoir des réflexes « de maman » : couper la nourriture en petits carrés, être en mesure de calmer un bébé qu’elle ne connait pas, elle entend même dans sa tête un léger gazouillement d’enfant. La notion d’instinct maternel (et donc son existence) fait l’objet de nombreux débats, qu’ils soient scientifiques, psychologiques ou sociologiques. Je commence tout juste à m’intéresser à ce sujet mais avec le peu que j’ai lu, je suis partisane d’un entre deux où le biologique a une incidence certes mais pas autant que la psychologie et l’environnement de l’individu.

La façon qu’à la série de traiter la maternité peut être vue effectivement comme essentialiste car celle-ci est présentée comme allant de soi pour nos héroïnes et n’est jamais remise en question.

L’essentialisme et les comportements genrés

Masculin/Féminin (saison 2 épisode 5)

Succubus1Dans cet épisode, une série de meurtres inquiète Darryl qui met alors au courant les sœurs. Les victimes sont toutes des hommes et, fait étonnant,  ils ont été vidés de leur testostérone. Il semblerait que le démon incriminé soit un succube. Prue récite une formule destinée à le piéger, ce qui a pour effet de la transformer un homme. Ainsi métamorphosée elle peut servir d’appât au démon.


La minute culturelle : Qu’est-ce qu’un succube ?

Le succube est un démon d’apparence féminine qui cherche à s’accoupler à des hommes, généralement la nuit durant leur sommeil. Le démon a également une version masculine, l’incube, qui elle vise les femmes. Leur but est de récupérer la semence (dans le cas des victimes masculines) ou l’énergie vitale. Ces démons et leur dessein lubrique revêtent différentes symboliques mais toutes tournent autour du sexe et de la frayeur qu’il peut parfois inspirer, notamment vis à vis des personnes pour lesquelles la « vertu » est essentielle. Les succubes et les incubes incarnent le péché de luxure et les affres du désir. Les enfants nés de ces unions entre démons et mortel-e-s, sont appelés « cambions » ou encore « kilcrops ». Le succube en tant que femme est utilisé comme un avatar de la sexualité féminine notamment quand elle crainte. La première succube serait Lilith, la première compagne d’Adam, avant Eve. Insoumise, elle fut punie d’une horrible manière : aucun de ses enfants ne pourra vivre. Elle se mit alors à dévorer ceux des autres et à violer les mortels afin de récupérer leur semence.

En savoir plus sur Lilith : https://lilithtamere.wordpress.com/

Jennifer, dans la comédie horrifique Jennifer’s body, se transforme en un démon très similaire à un succube.

Le caractère nocturne de ces démons ainsi que les tourments qu’ils causent les rapprochent de ce qu’on nomme « les cauchemars ». Édouard Brasey dans son livre La Petite Encyclopédie du Merveilleux, décrit ces entités comme suit : « Le cauchemar (dont le nom est apparu au XVe siècle) est un démon malfaisant venant tourmenter les humains durant leur sommeil en leur inspirant des terreurs nocturnes irraisonnées et en provoquant des oppressions, des étouffements et des suffocations ».

Le cauchemar, 1781 (huile sur toile) de Johann Heinrich Fussli Detroit Institute of Arts, USA/The Bridgeman Art Library

Le cauchemar, 1781 (huile sur toile) de Johann Heinrich Fussli Detroit Institute of Arts, USA/The Bridgeman Art Library

Les symptômes causés par un cauchemar sont ceux ressentis par les personnes souffrant de paralysie du sommeil. En effet, à cause de ce trouble, les dormeurs ou dormeuses se réveillent et se retrouvent incapables de bouger avec l’impression d’un poids sur leur poitrine. Le cerveau aimant la logique, ce dernier provoque une hallucination qui explique la sensation de poids : c’est alors que les personnes voient une forme humanoïde assise sur elles.

Fin de la minute culturelle


Pour le coup cet épisode est vraiment très essentialiste car il enchaîne les clichés autour du genre. Tout le long de l’intrigue divers personnages y vont de leur commentaire quand à ce qui fait un homme ou pas : mention spécial au collège de Darryl pour qui être viril c’est être « un homme des cavernes. Heureusement, à l’opposé de ce malotru on présente l’exemple de Dan dont on salue la gentillesse et l’approche plus délicate et sincère. NÉANMOINS, la métamorphose de Prue en homme est l’occasion d’une vague de conneries dignes des magazines féminins les plus clichés. Par exemple, plus elle s’habitue à son corps masculin, plus elle développe certaines capacités apparemment inhérentes aux hommes : les aptitudes manuelles. Elle répare alors des trucs comme si elle avait la science infuse du bricolage dispensée par ses fraîches testicules. De la même manière, elle entérine le poncif dangereux qui assigne aux hommes une libido quasi incontrôlable en confiant à Phoebe la phrase (hallucinante) suivante :  » Ça m’étonne que nous les hommes on arrive à faire des choses alors qu’en fait on est obsédé sexuel. C’est dingue, on pense à ça tout le temps, à force c’est débilitant ».

De plus, à un moment donné, Prue, toujours transformée en homme, exprime à quelqu’un d’un site de rencontres ses attentes en ce qui concerne les relations amoureuses. Elle confie qu’elle souhaite du respect mutuel, de l’estime et de la gentillesse. Bon ben la base vous me direz. Et bien figurez vous que la femme qui reçoit cette confession félicite Prue « d’écouter le côté féminin qui est en lui ». Car évidemment c’est bien connu, vouloir du respect et de la gentillesse c’est uniquement féminin. La bonne blague.

La jolie morale de fin amenée par Prue (à nouveau femme), bien que positive, n’annule malheureusement pas les maladresses essentialistes de l’épisode. Proclamer que hommes et femmes, bien que différents, ressentent finalement les mêmes émotions, ne suffit pas à régler le vaste problème des clichés de genre. Punaise le coup du bricolage je m’en remet toujours pas.

La femme est l’avenir de l’homme (saison 8 épisode 8)

Pour rappel, dans cet épisode, le personnage de Billie (une jeune sorcière qui aide régulièrement les Halliwell) passe autour de sa taille un artefact magique antique : la ceinture d’Hippolyte. Impossible à enlever sans la bonne formule, la ceinture agit sur Billie en la faisant détester les hommes et souhaiter leur éradication. La situation s’aggrave d’autant plus que Billie est manipulée par une démone en mal de pouvoir et profondément écœurée par le patriarcat du monde souterrain. Ça c’est le côté misandre mais ce postulat est appelé à être résolu ! L’attitude de Billie est dangereuse et les sœurs, tout comme Léo, souhaitent vivement l’arrêter avant qu’elle n’exécute son dessein peu réjouissant.

Et puis la tenue de Billie on en cause ? (male gaaaaaaaaze)

Ainsi, l’épisode aurait pu se dérouler sans trop d’encombre si l’explication autour de l’origine de la ceinture n’avait pas tout fait foirer :

Léo reconnaît en effet la ceinture et informe Billie et les soeurs que c’est la ceinture d’Hippolyte. Billie, se souvenant de ses cours de mythologie (foireux), poursuit en disant qu’Hippolyte (ou Hippolyté) était une des reines Amazones, qu’elle voulait la paix entre les sexes et qu’Hercule, pour son huitième Travail, n’a pas juste piqué la ceinture, il a également tué sa propriétaire ! Ce serait donc pour cette raison que la ceinture provoquerait une haine féroce des hommes. Or non. Tout faux. Niet ! Grosse erreur dans l’énoncé !  Les Amazones ne voulaient pas la paix entre les sexes !

Les Amazones, Johan H. W. Tischbein

Les Amazones, Johan H. W. Tischbein

Elles étaient un peuple de guerrières misandres, vivant entre femmes et s’accouplant une fois l’an pour perpétuer leur clan (et apparemment elles tuaient les nouveaux-nés mâles). Que Billie dise qu’Hippolyte voulait l’égalité des sexes, en plus d’être une erreur mythologique, entraîne l’épisode sur une piste dangereuse : les fantasmes matriarcaux totalitaires qu’on prête souvent aux féministes.

En effet qui c’est qui veut l’égalité des sexes ? → Les féministes. Et c’est qui dont tout le monde a peur car on pense qu’elles sont méchantes et détestent les hommes ? → Les féministes. Vous voyez le souci ?

Mais l’épisode ne s’arrête pas là dans les messages erronés. Dans un cours, le professeur de Billie explique que les sexes sont complémentaires (façon ying et yang tout ça tout ça), propos que Billie condamne. Donc bon début me direz vous (sous l’influence de la ceinture elle ira d’ailleurs le remettre à sa place). Le problème c’est qu’à la fin de l’histoire, une fois que Billie est débarrassée de la ceinture, l’un des personnages proclame tout sourire que Ying et Yang ont travaillé ensemble pour vaincre et sauver le monde et gniagniagnia… C’est peut être de l’humour mais à part l’attitude de Billie pendant l’épisode, rien à la fin de celui-ci, quand la menace est écartée, ne condamne ces propos très essentialistes. Que l’homme et la femme se complètent biologiquement pour la procréation (mécaniquement parlant), oui, mais leur soi-disant complémentarité morale n’est que construction sociale, ancienne certes, mais sociale quand même. On flirte donc là aussi dangereusement avec l’essentialisme des genres.

Le reboot annoncé est-il une solution ?

Ah le reboot de Charmed ! Dès son annonce il a fait parler de lui, plutôt négativement et ça ne s’est pas arrangé à la sortie du trailer qui a été très critiqué.

 

Le reboot de Charmed, annoncé pour l'automne 2018

Le reboot de Charmed, annoncé pour l’automne 2018

Plus de diversité…

Le synopsis est le suivant d’après Allociné : « Après la mort de leur mère, Mel, Maggie et Macy, trois sœurs vivants dans une ville universitaire, découvrent qu’elles sont des sorcières. Entre les démons à massacrer, le patriarcat à combattre et les liens familiaux à maintenir intacts, le boulot d’une sorcière n’est jamais terminé… »

Holly Marie Combs, l’interprète de Piper, a particulièrement désavoué ce reboot. Il faut savoir qu’il y a eu différents projets et que, le scénario se précisant, Holly Marie Combs a commencé à voir rouge. Je vous mets un extrait d’une interview issue de Télé Loisirs :


« Vous avez exprimé des sentiments négatifs au sujet du reboot de Charmed, pourquoi ?

Je n’ai pas exprimé de sentiments négatifs mais plutôt des sentiments mitigés ! J’ai d’abord été confuse car je vois Charmed comme une série parlant d’une famille et d’une lignée. Le premier reboot que CBS a essayé de faire était une version qui parlait d’une famille avec quatre sœurs et cela avait du sens pour moi. Donc quand j’ai écrit sur Twitter « Je leur souhaite que ça se passe bien », c’est tout ce que j’avais à en dire. Le second projet se déroulait à une époque totalement différente, une ville différente… Et les héroïnes n’étaient même pas des sœurs ! A ce moment-là, mon « Je leur souhaite que ça se passe bien » est devenu plus sarcastique car je me suis dit « Mais pu*** qu’est-ce qu’ils font ?! ». Quant au dernier projet, ils l’ont mis à jour en faisant un marketing opportuniste qui utilisait les combats de Rose et Alyssa, en se basant sur leurs souffrances, et je trouve que c’est bizarre. Cette fois mon « Je leur souhaite que ça se passe bien » prend encore avec un nouvelle tournure… Mais, comme j’ai dit, je leur souhaite bonne chance… »


Selon l’actrice, les thématiques insufflées à ce nouveau reboot font l’objet d’un « marketing opportuniste » : féminisme, cause LGBT …

En l’occurrence, l’une des nouvelles sœurs est homosexuelle et féministe. Je suis contente qu’une des protagonistes principales soit homosexuelle mais par contre, lui coller l’étiquette de « la féministe du groupe » je trouve ça maladroit. C’est comme si on ne pouvait être féministe sans appartenir à un groupe discriminé ou minoritaire. Je préférerais que la série en elle-même et les personnages soient féministes ! Que le féminisme se voit à travers leurs actions, leurs buts et leurs propos. Là ça aurait plus de sens, mais bon je ne peux pas juger tant que je n’aurais pas vu la série en elle-même. Holly Marie Combs a d’ailleurs réagi bizarrement sur Twitter à l’annonce de ce personnage « homosexuelle et féministe », comme si elle était surprise et déçue. Étant donné son mépris intense pour Trump, je doute fort que ce soit par rejet de la cause LGBT mais plus, comme le dit l’interview, par l’impression d’un « marketing opportuniste ».


« En répondant au communiqué officiel de la CW qui présentait le reboot comme une version « intense, drôle et féministe de la série originale », l’actrice arguait « Je suis sensible aux emplois et aux opportunités que le reboot de Charmed a créés. Mais, je ne comprendrais jamais ce qu’il y a d’intense, de drôle ou de féministe dans le fait de créer une série qui, en gros, dit que les actrices originales sont trop âgées pour faire un travail qu’elles faisaient il y a 12 ans. J’espère que la nouvelle série sera bien mieux que le marketing afin que subsiste bel et bien le véritable héritage[de Charmed] ».  »


L’âge des nouvelles sœurs est en effet pointé du doigt. La série originale ayant le point positif de présenter des sorcières adultes qui devaient partager leur temps entre des soucis « d’adulte » et leur devoir de sorcières. Postulat qui la faisait alors se démarquer de Buffy par exemple ou d’autres séries plus adolescentes. Dans le reboot, les sœurs sont effectivement plus jeunes, voire étudiantes pour certaines.

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Ensuite le reboot propose un casting principal non blanc et là j’avoue c’est chouette de retrouver une autre forme de diversité au premier plan ! Comme le dit d’ailleurs l’une des actrices, Sarah Jeffery : « Je comprends totalement à quel point le Charmed original est cher aux yeux de beaucoup. Pour de très, très bonnes raisons. Nous sommes plus que reconnaissants d’avoir l’opportunité de donner la vie à ce reboot et d’amener des thèmes actuels et opportuns au premier plan d’une série qui met en vedette non pas une, ni deux, mais trois femmes de couleurs !!! Nous regardons les fondations qui ont été établies avec un grand respect. ». 

… mais une forme peu convaincante

Je fais partie des fans inconditionnels de la série originale. Je lui trouve une vraie identité et une atmosphère propre. En voyant le trailer du reboot, je l’avoue, j’ai été déçue par le côté très « adolescent » qui en ressortait mais aussi par le manque de qualité visuelle. De plus, j’ai trouvé le jeu des actrices discutable.

En fait je trouve que ce reboot ressemble visuellement à beaucoup d’autres séries, il ne se démarque pas sur la forme et c’est dommage.

Voyez par vous-même :

 

Pour ce qui est des ressemblances avec l’original, en plus du titre qui est le même, il y a énormément de rappels de la série de base : la maison très similaire, le grenier, le livre des Ombres, l’être de lumière ou ici le « conseiller de sorcières »…


« Les reboots sont mieux quand ils honorent la version originale au lieu de prendre des morceaux de l’objet original. Les reboots font aussi mieux lorsqu’ils écoutent une base de fans toujours passionnée, car c’est bien de cela qu’il s’agit n’est-ce pas ? C’est la raison pour laquelle nous faisons des reboots. Les fans sont la raison pour laquelle nous faisons tout ce que nous faisons. Nous souhaitons donc bonne chance à la série, et espérons le succès. » Holly Marie Combs


 

Charmed reboot 2018

Charmed, reboot 2018, Copyright CW

Le terme « reboot » dans l’univers cinématographie désigne une nouvelle version d’un film ou d’une série. Que le reboot de Charmed s’appuie sur des éléments de la série originale, je comprends mais selon moi, il y a trop de rappels, c’est à la limite du remake. J’aurai préféré une histoire plus originale avec un univers différent car ici, tous les clins d’œils me font justement remarquer que ce n’est pas le Charmed originel. C’est dommage. Faire se dérouler l’intrigue dans une époque passée aurait été intéressant par exemple.

En définitive le reboot de Charmed reste une question sans réponse tant que la série n’aura pas été diffusée. Je suis heureuse de voir que cette version corrige les défauts de diversité et s’ancre plus dans les problématiques actuelles, néanmoins j’espère que les dites thématiques seront bien traitées. Malheureusement je suis moins convaincue par la forme et l’univers trop ressemblant me fait regretter l’originale. Rappelons que le duo de scénariste derrière le reboot, Jessica O’toole et Amy Rardin, ont œuvré sur la géniale série Jane the Virgin, idem pour la productrice qui est commune aux deux séries : Jennie Snyder. Jane the Virgin brille par son casting impeccable, divers et son écriture mordante. Peut-être y aura-t-il un miracle finalement ?

 

CONCLUSION

Alors Charmed bonne ou mauvaise série ?

Je pense que vous l’aurez compris, selon moi Charmed est vraiment une bonne série. Les personnages sont attachants, l’univers est riche, il y a du drame, de la comédie et surtout un esprit de sororité à toute épreuve. Toutefois, la série souffre des défauts de son époque, ce qui n’est pas une excuse mais un constat que l’on se doit de souligner. Le reboot sera alors peut-être une bonne surprise, à voir.

En tout cas, je clame mon amour sans failles aux héroïnes de cette série. Ces femmes m’ont inspiré et ont fait vibré mes soirées adolescentes, et pour ça mon cœur de féministe et d’amatrice de fantastique les remercie.

 

Sources / Pour aller plus loin :

→ L’interview de Télé Loisirs : Charmed, Shannen Doherty, #METOO, Trump… Holly Marie Combs (Piper) nous dit tout !

→ L’article d’Allociné par Raphaëlle Raux-Moreau – Charmed : face aux critiques d’Holly Marie Combs, une star du reboot défend le projet

→ Article de Elle par Chloé Laforest – Charmed : le reboot ne plaît pas du tout aux fans et à Holly Marie Combs

→ Un article que j’ai trouvé assez juste sur le site Serieously – Charmed : 5 erreurs à éviter de le reboot de la série culte

→ Article de Florian Lautré sur Télé Loisirs – Le producteur de Charmed accusé de harcèlement sexuel, Alyssa Milano et Holly Marie Combs réagissent

→ La Petite Encyclopédie du Merveilleux, Édouard Brasey, édition Le Pré aux clercs

→ Blog passionnant autour de la figure de Lilith : Lilith Ta Mère

 

8 réflexions sur “Charmed, une série imparfaite qui a initié mon féminisme #3 : les défauts

  1. bazartmots dit :

    J’ai découvert cet article grâce à la mention du bazart, merci beaucoup d’ailleurs… et je n’ai pu m’arrêter de lire cette chronique ! C’est super complet et passionnant. Élaborer une réflexion féministe à travers les lectures et les visionnages m’a toujours intéressée et c’est un axe que je souhaite davantage développer sur mon blog…et te lire m’a conforté dans cette volonté ! J’ai adoré ta vision de la série, les références sont supers, bravo!!!

    J'aime

    • lapetitecreature dit :

      Merci infiniment pour ton commentaire, ça me touche beaucoup ! C’est en regardant et en lisant des critiques que j’ai pu développer mon propre regard. Le féminisme, au-delà de son importance en tant que lutte sociale, permet vraiment de prendre du recul sur les œuvres culturelles, c’est passionnant 🙂 J’avoue, j’aime bien décortiquer ^^
      à bientôt j’espère 🙂

      J'aime

  2. Sexy Con Fabulateur dit :

    Bordel ouiiiiiiii ! Que c’est bon de lire des chroniques aussi complètes et recherchées. Quand je pense qu’on trouve les miennes longues. Je découvre ce blog grâce à Isa et j’adhère sans hésiter une seconde. J’ai vu passer cette série à plusieurs reprises mais c’est la première fois que j’ai autant envie de m’y plonger. Merci.

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