Religion et spiritualité : mon expérience, du conflit pur au paganisme

Autant être honnête, j’ai longtemps été en guerre ouverte avec la religion. Je l’ai abhorré pendant une bonne partie de ma vie. La faute à des expériences désastreuses qui m’ont fâché avec elle quand j’étais très jeune. Mais il y a eu une évolution au fil du temps alors laisse moi te conter les différentes étapes de ma relation à la religion.

Des débuts catastrophiques

Quand j’avais 6 ans j’avais une très bonne amie. On jouait beaucoup ensemble et elle était ma voisine. Sa famille était très religieuse, pratiquante avec catéchisme etc… Un jour je suis passée chez elle pour lui demander si elle voulait jouer. Sa maman me fait entrer et la prévient que je suis là. Elle était à la table de la salle à manger et faisait ses devoirs de catéchisme. Elle n’a pas bougé une oreille, ni même jeté un regard en ma direction. Elle gardait l’œil rivé sur son bouquin malgré les demandes répétées de sa maman pour qu’elle me dise bonjour. Au final, ayant été impolie, sa mère la punit et l’envoit dans sa chambre, dans laquelle elle se rend en pleurant. J’ai rien compris à la scène. Surtout qu’après, les petits frères et sœurs m’ont crié dessus en disant que c’était ma faute si leur sœur avait été punie et que j’étais méchante.

J’étais complètement paumée et j’ai ressenti une vive injustice à me faire pourrir de la sorte alors que j’étais juste venue pour jouer. Elle avait peut-être une bonne raison de ne pas m’adresser la parole mais elle m’était inconnue. Du coup, dans ma jeune tête j’ai vite relié le catéchisme  à quelque chose de négatif.

Mon opinion ne s’est pas améliorée quand, un ou deux ans plus tard, une chose similaire s’est reproduite. J’étais passé chez une voisine, l’une de mes meilleures amies pour passer du temps ensemble et manque de pot, elle n’avait pas le droit de sortir avant d’avoir fini ses devoirs de catéchisme. La malédiction me poursuivait !

J’en ai conclu que le catéchisme était définitivement une entrave à la liberté. Une perte de temps qui rendait les gens ou bizarres ou trop occupés pour vivre leur vie d’enfant. Le catéchisme étant lié à la religion (catholique), j’ai très vite décidé que ça m’intéressait pas et que surtout je n’avais pas envie d’en savoir plus.

La pelote c’est le catéchisme

Ainsi quand mes parents, comme pour mes sœurs, ont voulu m’inscrire au catéchisme, je me suis offusquée et j’ai refusé en bloc. De plus je ne croyais pas en Dieu alors je ne voyais pas l’intérêt de donner de mon temps à une chose qui ne me touchait pas et ne m’intéressait pas. Un peu réticents au départ, mes parents ont accepté mon choix et ce n’est plus revenu sur le tapis. Depuis cette période, j’ai eu un avis très tranché sur la religion. Et plus j’en apprenais via l’histoire ou l’actualité (avec toutes les morts causées à cause des divergences religieuses ou la volonté de limiter des droits comme le mariage gay ou l’avortement) plus mon inimitié s’est muée en détestation profonde. Et ça a duré looogntemps !

La philosophie : le déclic

Et vint le moment où tout a changé : l’année de terminale. J’étais en première scientifique mais j’ai bifurqué pour ma dernière année de lycée vers une terminale littéraire. Alors la philo j’en ai bouffé, clairement, mais j’ai adoré ça. Mes cours de philosophie m’ont passionné et ont comblé ma curiosité intellectuelle. Néanmoins, il y avait un thème que j’avais hâte d’aborder : celui de la religion. J’avais des idées bien arrêtées et j’avais tout bonnement hâte de me frotter à ce sujet épineux pour mieux le défoncer.

Dans ma tête ça ressemblait un peu à ça :

Et bah ça m’apprendra à avoir des idées arrêtées. Mes cours sur la religion ont considérablement modifié ma façon d’appréhender les choses et les idées. Une claque intellectuelle en somme. Grâce à la philosophie et à mes cours, j’ai compris qu’il fallait distinguer l’acte de croire de la Religion en soit. Ce sont deux choses liées mais différentes. J’ai compris également qu’il fallait séparer le concept de Religion d’avec son interprétation ainsi qu’avec sa mise en application par les humains.

Grâce à cette année enrichissante, je m’étais calmée. J’étais moins virulente même si je continuais à reprocher le dogmatisme des grandes religions monothéistes tout comme leur contenu souvent misogynes. En gros j’acceptais le concept mais pas son application réelle majoritaire.

Ce avec quoi j’étais en paix, c’était avec le fait de croire. Croire peut être merveilleux, salutaire. J’ai compris à quel point l’humain avait parfois besoin de croyances pour se construire et/ou s’unir.

Comme le dit Yuval Noah Harari dans Sapiens : « De nos jours , la religion est souvent considérée comme une source de discrimination, de désaccord et de désunion. En vérité, pourtant, elle a été le troisième grand unificateur de l’humanité avec la monnaie et les empires. »

La religion a participé à donner un cadre et à légitimer certaines structures sociales. C’est un fait historique. L’auteur explique aussi autre chose :

« Pour unir sous son égide un vaste territoire peuplé de groupes humains disparates, une religion doit posséder deux autres qualités. Premièrement, elle doit épouser un ordre surhumain universel qui est vrai toujours et partout. Deuxièmement, elle doit insister pour répandre cette croyance auprès de tous. Autrement dit, elle doit être universelle et missionnaire« . Ce genre de religions ont émergé durant le 1er millénaire et ce fut un grand tournant dans l’Histoire.

Une période d’incertitude et d’évolution

J’ai déjà croisé des gens très religieux comme les fameux évangélistes américains qui font le tour du monde pour parler de leur foi. J’ai ainsi discuté bien 20 minutes avec deux jeunes femmes américaines, lors de leur passage dans le sud de la France, désireuses de causer religion. Clairement on ne se comprenait pas. J’étais hyper polie mais je leur ai expliqué que j’avais du mal à ce que l’on dédie sa vie avec en prime de nombreuses contraintes (liées à des interdits religieux ou traditionnels) pour quelque chose dont on n’avait aucune preuve tangible. De leur côté, elles étaient extatiques et transportées, que dis-je transcendées par l’acte de foi et par leur pratique. On ne s’est pas compris. C’était il y a deux/trois ans je crois.

Je questionne les dogmes, je questionne les interprétations que certains humains font des textes sacrés. Mais surtout, je questionne parfois la « manière » de croire. Je questionne la volonté de certains à vouloir en convertir d’autres à tout prix. J’ai ainsi vraiment du mal avec l’évangélisme, qui est quelque chose que je ne supporte pas car selon moi la religion est personnelle et ne doit pas être « imposée ». On a le droit d’être plus attiré par telle religion ou une autre, ou alors de ne pas être attiré du tout par le spirituel, ça nous regarde.

Les interprétations des textes sacrés comme la Bible ou le Coran par exemple sont vraiment diverses et peuvent mener à tout et son contraire. Il y a des choses merveilleuses mais aussi des choses terribles écrites dans ces textes. Je trouve parfois qu’il n’y a clairement pas assez de recul vis-à-vis de ces textes et que bien souvent les interprétations qui en sont faites avantagent certains individus plutôt que d’autres et notamment les hommes. De fait, ce qu’on appelle les religions du livre ou religions abrahamiques (Christianisme, Judaïsme et Islam) ne sont vraiment pas tendre avec les individus féminins mais aussi avec tout ce qui représente la différence en général (évidement y a des variantes, ça dépend parfois des cultures).

Dans le christianisme par exemple (mais c’est assez répandu ailleurs), l’homosexualité c’est le pêché. C’est le mal car ce serait « contre-nature » : entendez par là ça permet pas de faire des bébés.

Car la reproduction c’est centrale, c’est un pivot indiscutable car Dieu aurait dit à Adam et Eve dans la Genèse : « Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre, et l’assujettissez; et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, et sur tout animal qui se meut sur la terre« . Alors déjà ça implique un rejet total de la notion de contraception et de l’avortement (mais bon rien de nouveau sous le soleil malheureusement). Or nous n’avons pas le devoir divin de nous reproduire. Au contraire, nous avons le devoir de questionner nos désirs et seulement de fonder une famille si c’est ce que nous voulons vraiment et que nous sommes aptes à le faire. De plus la vision proposée dans ces mots est incroyablement anthropocentriste. L’humain est vraiment présenté comme le roi du monde et ça, ça me gêne BEAUCOUP. Les religions du livre ne me conviennent pas, je les trouve froides et dures, animées certes parfois de bons sentiments mais trop centrées sur elles-mêmes pour être véritablement bienfaitrices. On voit la binarité et la misogynie du raisonnement qui a participé à la diabolisation de la sorcière par exemple : le bien versus le mal, l’homme versus la femme, la nature versus l’humain. La religion n’est pas la seule en cause mais c’est un facteur important de la chasse aux sorcières.

Ensuite Yuval Noah Harari explique aussi la chose suivante : « Les monothéistes ont généralement été bien plus fanatiques et missionnaires que les polythéistes. Une religion qui reconnaît la légitimité des autres confessions implique soit que son dieu n’est pas la puissance suprême de l’univers, soit qu’elle ne reçut de dieu qu’une partie de la vérité universelle. Les monothéistes ayant généralement cru être en possession de la totalité du message du Dieu unique, force leur a été de discréditer toutes les autres religions. Au cours des deux derniers millénaires, les monothéistes ont maintes fois essayé de consolider leur emprise par la violence, exterminant toute concurrence. »

Je tenais quand même à dire que je ne méprise pas les gens des autres religions. Déjà car je ne suis pas une experte des différents cultes et ensuite parce que ce serait totalement contraire à mon éthique. Je sais bien que les croyants sont avant tout des individus et qu’il y a des êtres merveilleux et des cons partout. Je persiste à avoir des soucis avec des pratiques ou des manière de voir les choses certes mais du moment que tu le gardes pour toi et que tu n’interfères pas avec ma vie, pas de problèmes !

(Et le premier ou la première qui me dit : oui mais le véganisme gnagnagna tu veux l’imposer, gnagnagna, ça a pas de sens, tu te contredis gnagnana : Va voir cette vidéo, promis tu vas mieux comprendre :

POURQUOI LES VEGANS NOUS EMMERDENT | La VRAIE Raison [Feat Jérémy, Nad Rich’ Hard, Nino Arial ]

Le paganisme : la spiritualité qui me convient

La Religion et moi c’était donc pas encore ça mais j’avais fait la paix avec la croyance. Je ne me doutais pas qu’un jour elle me rattraperait, moi la Marine si cartésienne.

Ce processus a pris du temps et est toujours en cours d’ailleurs. Je pense que c’est venu via mon intérêt grandissant pour la cause féministe, car cet intérêt m’a mené à l’histoire des sorcières. De plus, via Jack Parker et sa newsletter, j’ai découvert la sorcellerie moderne. Tout ça m’a parlé. Non pas que j’avais envie de me prendre pour Sabrina et de voler sur un balai mais ce qui se dégageait de tout ce que je lisais, comblait des questionnements qui m’étaient propres et un besoin de plus en plus grand de spiritualité personnelle.

Nature

En parallèle de tout ça, je ressentais aussi une envie de vouloir autre chose comme valeurs pour guider et accompagner ma vie. Ainsi j’aime la sorcellerie, la wicca ou le néo-paganisme car la nature y est importante et respectée comme avec l’animisme par exemple : « Quand l’animisme était le système de croyances dominant, les normes et valeurs humaines devaient prendre en considération la perspective et les intérêts de cette multitude d’autres êtres, tels que les animaux, les plantes, les fées et les fantômes » Yuval Noah Harari.

Mona Chollet explique dans son livre, Sorcières, la puissance invaincue des femmes, que la vision masculine de la science a entraîné un mépris pour la nature ainsi qu’une quête de rationalité extrême. Or, comme elle le dit aussi «  [la physique quantique] nous parle d’un monde où les objets ne sont pas séparés, mais enchevêtrés les uns aux autres ; où l’on a d’ailleurs affaire plutôt à des flux d’énergie, à des processus, qu’à des objets à l’identité stable ; où la présence de l’observateur influe sur le déroulement de l’expérience ; où, loin de pouvoir s’accrocher à des règles immuables, on constate de l’irrégularité, de l’imprévisibilité, des « sauts » inexplicables. C’est tout cela qui fait dire à Starhawk que la physique moderne confirme les intuitions des sorcières. »

J’apprécie cette vision du monde plus complète où l’humain n’est plus dominateur mais accepte sa place parmi un tout. Une façon d’aborder son environnement avec respect.

Solidarité

J’aime également la solidarité, la bienveillance et la sororité qui émane du néo-paganisme.

Déjà, dans ces courants, la femme n’est pas cachée, infériorisée ou diabolisée, bien au contraire. Mais surtout surtout le néo-paganisme et la wicca m’attirent car ils sont très ouverts. De multiples pratiques, de multiples façons de faire mais toujours les mêmes conseils : apprendre, se renseigner et ensuite s’écouter et choisir ce qui nous convient le mieux. Pas de jugements, beaucoup de libertés.

Le credo c’est globalement : Partage. Apprentissage. Liberté. Bienveillance

Ces croyances vont à l’encontre du jugement et de beaucoup de discriminations. Par exemple, je me suis rendue compte que beaucoup de « sorcières » ou wiccanes étaient végétariennes ou végétaliennes, c’est quelque chose d’assez courant et ça me convient parfaitement.

Il en va de même pour toutes les orientations sexuelles et les identités de genres. Le néo-paganisme les accueille à bras ouvert, sans jugement. Il semblerait néanmoins que la Wicca Gardnérienne, c’est à dire le courant directement issu de Gérald Gardner, ait été tendancieuse vis à vis de l’homosexualité car Gardner était apparemment homophobe. Heureusement, ce n’est plus le cas et c’était principalement limité aux conservateurs de ce courant précis. Car au contraire, beaucoup de gays ou de lesbiennes venaient chercher dans le néo-paganisme une ouverture qu’il ne trouvait pas dans leur propre religion comme le dit un article Wikipédia :

« La plupart des branches de la Wicca considèrent que toutes les orientations sexuelles sont saines et positives pour autant que les individus aient des relations sexuelles aimantes. Bien que Gerald Gardner, une figure-clé de la Wicca, était réputé être homophobe, cette aversion historique n’est plus répandue à présent. Les Gays, les lesbiennes, les bisexuels et les transgenres, sont accueillis dans les communautés, les covens, les groupes d’études et les cercles néopaïens. Beaucoup d’entre eux furent au départ attirés pour cette raison par les religions néopaïennes, dans lesquelles leurs relations amoureuses étaient présentées sur un pied d’égalité. Parfois, leur désir est plus spécifiquement de s’éloigner de la pression homophobe qu’ils ressentent dans leur religion d’origine.

Afin de soutenir cette philosophie, beaucoup de Wiccans citent l’Allocution de la Déesse, qui dit que « Tous les actes d’Amour et de Plaisir sont mes rituels1 ». »

Choix et libertés

Je me souviens d’un épisode de Grey’s Anatomy où une femme d’un couple catholique pratiquant, au bord de la crise de nerfs après une énième naissance, expliquait vouloir se faire ligaturer les trompes sans en avertir son mari. Elle justifiait cette mise au secret par l’argument suivant : « Pour mon mari, la religion n’est pas un self où l’on prend ce que l’on souhaite ».

Bah si justement, ça devrait l’être. C’est tellement personnel ! Il faut se sentir libre de croire ou non. De pratiquer un peu, beaucoup ou pas du tout. Une pratique religieuse ou spirituelle doit nous concerner et ne pas bousculer celle des autres, la dénigrer ou limiter les possibilités de chacun.

Je pense personnellement avoir trouvé la spiritualité qui me convient. Je continue d’apprendre, de me renseigner, j’avance à petit pas et ne me met aucune pression car je sais que ça me regarde, que je n’ai pas une épée divine au-dessus de la tête.

J’ai choisi de croire en quelque chose qui me correspond, qui correspond à mes valeurs et qui me fait du bien. Je délaisse un peu la moi cartésienne pour une moi plus ambivalente et bienveillante avec elle-même. Bref, avant je me moquais de la croyance, j’ai même haï la Religion et maintenant je me considère comme païenne ou plutôt néo-païenne (ça fait bizarre de le dire publiquement) mais la vie réserve parfois des surprises alors autant les accueillir avec gratitude.

M’enfin si tu dois retenir un seul message de tout cet article, c’est de croire ce que tu veux (ou de ne rien croire du tout) du moment que c’est réfléchi, personnel et que tu ne cherches pas à convaincre les autres de faire absolument comme toi. Il ne faut pas hésiter à personnaliser nos croyances, elles ne devraient prôner que le respect total et la bienveillance (de la vraie bienveillance).

à plus dans le chaudron ♥

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