Liberté et maternité : quand des camps s’affrontent – Partie 1 : L’accouchement

Un grand chantier que voilà ! On ne dirait pas comme ça mais toute la question de la maternité (et parentalité en général) c’est un sacré merdier où des camps s’affrontent, chacun persuadé de détenir la vérité vraie et fustigeant celui ou celle qui ne pense pas de la même manière.

Du fait de ma passion pour ce sujet, j’ai lu beaucoup de livres, d’articles, et aussi visionner pas mal des reportages. Je suis également de nombreux comptes instagram dédiés à la maternité et à la parentalité. J’ai alors progressivement constaté sur ces divers médias et plateformes qu’il y avait une vraie crispation autour de ces sujets.

Pour aborder correctement la suite de cette article, il faut avant tout définir deux notions : la maternité et la parentalité.

La maternité c’est tout ce qui touche à la grossesse et à l’accouchement, la parentalité c’est le lien des parents à l’enfant c’est-à-dire les principes éducatifs et comment les parents agissent avec leur enfant. Précision utile et importante, la maternité est relative à la femme, la mère, mais il arrive que ce ne soit pas des femmes qui accouchent dans le cas d’homme trans par exemple.

Ce qui m’a donné envie d’écrire cet article : la césarienne dite « de confort » de Caroline Receveur

Photo issue de l'instagram de @carolinereceveur
Photo issue de l’instagram de @carolinereceveur

Il y a quelques semaines (ou mois), Caroline Receveur a partagé une photo d’elle où apparaissait sa cicatrice de césarienne avec la mention « les cœurs les plus forts ont le plus de cicatrices ». Cette mention en particulier a fait bondir plus d’une personne car, et je ne le savais pas, Caroline Receveur a CHOISI d’accoucher par césarienne sans raison médicale, c’est ce qu’on appelle souvent une césarienne de « convenance » ou de « confort ». Beaucoup de personnes ont ainsi trouvé que Caroline Receveur en faisait un peu trop avec sa cicatrice étant donné qu’elle n’a pas subi une césarienne non choisie ou d’urgence. Le côté quasi « combatif » et « héroïque » qui émane de sa citation a donc fait grincer beaucoup de dents. Et je l’avoue moi compris (au début).

J’ai ressenti une sorte de malaise et d’incompréhension vis à vis de cette démarche. Je me suis donc renseignée. J’ai notamment lu des témoignages de femmes qui ont eu recours à la césarienne choisie et qui ont parlé de ce choix sur les réseaux (blog ou instagram). Etant donné l’aspect péjoratif des termes « césarienne de convenance ou de confort », j’utiliserai entre autres l’appellation « césarienne sur demande maternelle ».

Un témoignage en particulier m’a interpellé. Une femme sur son blog explique les raisons qui l’ont conduit à choisir une césarienne dès les premiers mois de sa grossesse.

Les raisons principales sont celles-ci :

  • Une crainte, un dégoût pour la voix basse
  • Le besoin d’épargner son sexe et de séparer son côté femme et son côté mère
  • Une totale confiance envers le médecin qu’elle juge le plus compétent pour faire naître son bébé. Une confiance qui s’étend aussi à l’acte médical de la césarienne qu’elle estime finalement assez sûr puisque il sauve des vies et est beaucoup pratiqué.

Les deux premières raisons sont très personnelles et intimes et bien que je pense qu’il serait bénéfique pour cette femme de creuser la question de ses peurs je peux la comprendre. La voix basse fait peur car c’est notre intimité qui est impliqué. C’est une crainte que je partage au vu de mon passé de dyspareunies et de ses diverses conséquences. Oui j’ai peur de souffrir à cet endroit, ça m’inquiète que cela puisse avoir des conséquences après coup ou autre. Je redoute cette douleur et je pense que nous sommes nombreuses à avoir le même sentiment, c’est humain.


Le saviez vous ?

Vous pouvez préparer votre vagin au passage de la tête de diverses manières, le but étant d’apprendre à votre périnée à se détendre et s’étendre pendant la grossesse. Pour ce faire on a le massage périnéal et également la méthode épi-no qui consiste en un petit ballon qui s’introduit dans le vagin et que l’on peut faire augmenter de volume progressivement (à utiliser à partir de la 37e semaine de grossesse).

Personnellement, je vous encourage aussi à regarder des vidéos d’accouchement et notamment des naissances physiologiques afin de voire de vos propres yeux de quoi votre corps est capable. Cela peut en rassurer certaines. Mais après il n’est pas nécessaire de se forcer si ça vous fait encore plus flipper, je concède que c’est en effet assez impressionnant. Toutefois démystifier tout ça peut avoir du bon.


D’autres facteurs émotionnels peuvent amener à choisir une césarienne à l’instar d’une première expérience traumatisante par voix basse ou encore une relation compliquée avec cette zone à cause d’abus par le passé ou autres.

Je pense ainsi sincèrement que dans ce genre de cas si une femme n’arrive même pas à concevoir la voix basse, il serait inhumain qu’elle ne puisse choisir son accouchement. Les peurs, la gestion de l’angoisse, on peut apprendre à les gérer mais si au final la peur est trop grande, il n’y a pas de raison d’insister au risque de causer beaucoup de mal. Pour la femme du témoignage, vivre l’accouchement de la manière que l’on a imaginé (et choisi dans le cas d’une césarienne programmée) permet considérablement d’améliorer la convalescence et le rapport à l’enfant, ce avec quoi je suis entièrement d’accord.

La violence des mots

instagram garde tes conseils césarienne

De plus, l’accouchement ne fait pas la mère. Cette tentative de hiérarchisation entre les différents modes de naissances est contre-productive. Le plus important finalement c’est l’amour et l’investissement émotionnel que recevra cet enfant une fois-né. Si une mère a vécu une bonne expérience de la naissance, c’est un bon pas pour engager une relation apaisée avec son enfant. En effet, certains accouchements traumatisants peuvent parfois rendre plus difficile les premiers temps de la relation mère-bébé. Ce n’est pas systématique mais ça peut arriver.

La dernière raison est finalement celle qui m’interroge le plus car elle revêt pour moi un aspect quasi inquiétant : la croyance dans la toute-puissance du médecin. Cette femme ne prétend pas détenir la vérité absolue, elle exprime son avis mais elle a l’air de penser sincèrement que « la césarienne ne serait pas autant pratiquée si elle était si dangereuse », elle était également rassurée que la vie de son bébé soit entre les mains de quelqu’un de compétent : le médecin.

Je comprends ce qu’elle veut dire mais personnellement je trouve ça triste. Je le ressens comme une défiance envers l’autonomie et les capacités des personnes qui accouchent. Un aveu que la surmédicalisation a gagné puisque le plus compétent pour mener cet enfant au monde ne serait pas la mère mais le médecin. La naissance n’est pas une maladie, c’est un processus naturel. Certes elle présente des risques et nécessite une surveillance pour guider et parer au moindre souci, mais dans le cas des grossesses physiologiques, c’est-à-dire les grossesses absolument normales où tout va bien (et c’est 80% des grossesses), il n’y a à priori besoin de rien de plus qu’un accompagnement. C’est la femme qui accouche et met son bébé au monde, les soignants sont là pour aider. Malheureusement le paradigme inverse est une croyance très répandue.

Pourquoi cette défiance et cette crainte envers le processus physiologique ?

Le véritable problème c’est le manque d’informations et les établissements de moins en moins nombreux. Il y a des tas de méthodes qui peuvent soulager la douleur, des tas de positions qui permettent de minimiser (voire d’éviter) les déchirures mais ce sont rarement des choses que l’on trouve dans les maternités classiques. En France on gère la santé comme une entreprise alors qu’un accouchement physiologique peut être très long. Si les femmes étaient mieux informées et disposait de temps et d’un accompagnement flexible, bienveillant et ouvert lors de leur grossesse et de leur accouchement, des tas de situations traumatisantes pourrait être évitées. Une femme risque de moins bien pousser avec une péridurale (cela dépend de la dose) et être sur le dos accroît la pression sur le périnée ce qui provoque plus de déchirures (sources de grandes frayeurs et de récits catastrophiques). Pour autant, pragmatiquement parlant, la péridurale c’est plus facile à gérer pour les équipes soignantes débordées car ça calme les femmes. Du coup, les sages-femmes risquent, avec des patientes de tous les côtés, d’encourager la péridurale alors qu’elle pourrait être évitée.


» Le bilan que nous fîmes avec Catherine fut de constater qu’en France, la péridurale permettait de pallier un manque flagrant de personnel. […] Un des intérêts de la péridurale est d’assurer un nombre d’accouchements croissant sans augmenter le personnel. Ce qui est paradoxal puisque, sous péridurale, les femmes perdent les sensations qui sont autant de repères du bon déroulement de l’accouchement ; sous anesthésie, elles devraient donc avoir plus de surveillance. » Chantal Birman, Au monde, ce qu’accoucher veut dire.


Je ne leur jette pas la pierre, les conditions de travail les poussent à agir ainsi. Pareil pour les épisiotomies par exemple, et oui il faut aller vite car ma bonne dame vous n’êtes pas toute seule et on n’a pas assez de personnel. Le tout saupoudré parfois d’une bonne misogynie ambiante et d’un mépris ou au minimum d’un manque de considération du soignant envers la personne soignée et vous avez une bonne recette pour une frayeur de la voix basse et des traumatismes à tout va !

Et puis il faut bien avouer que les films et les séries n’aident pas en représentant les accouchements par voie basse très souvent de la même manière : allongée, les quatre fers en l’air et en criant (très fort). De la même manière, tout est cliché dès le départ pour la maternité : la parturiente perd des litres d’eau et tout le monde fonce à la maternité en paniquant. Ceci est en partie une idée reçue, la rupture de la poche des eaux ne signifie pas que vous allez accoucher dans la minute, surtout quand c’est un premier bébé. Il faut également savoir que les contractions peuvent arriver avant la perte des eaux ou après, et que même dans certaines naissances très rares, l’enfant peut naître « coiffé » c’est à dire encore totalement ou en partie dans le sac amniotique. C’est arrivé il y a quelque temps à une américaine, qui en plus a eu son petit dans la voiture.

Raelin Curry et son fils à sa naissance, en route pour la maternité
Raelin Curry et son fils à sa naissance, en route pour la maternité

En France, cette concentration de femmes dans de moins en moins d’établissements, la rareté des maisons de naissance, la méfiance pathologique et honteuse des médecins envers les sages-femmes libérales et l’accouchement à domicile entraînent un résultat déprimant : un grand nombre de mauvaises expériences et une diminution des accouchements physiologiques et sans péridurale. Ce cercle vicieux fait que les soignant.e.s sont de moins en moins habitués à accompagner ce genre de naissance et donc l’encouragent de moins en moins, ce qui augmente la médicalisation des grossesses et des naissances. MER-VEI-LLEUX !  C’est exactement ce qui arrive au Brésil par exemple.

« L’accouchement au Brésil est devenu un acte chirurgical au lieu d’être physiologique » Fernanda Macêdo, obstétricienne brésilienne

Le Brésil présente le chiffre hallucinant de 52% de taux de césarienne (dix ans en arrière c’était déjà à 43%). Ce ratio augmente encore plus dans les cliniques privées (70% à 90% ou plus) contre 40% à 60% dans les établissements publics. Normalement ce devrait être autour de 20% grand maximum (voire plutôt 10 à 15% selon L’OMS). À ce propos, il faut voir le documentaire passionnant sur netflix : O Renascimento do Parto).

Je vous conseille ardemment le récent documentaire passionnant et émouvant sur les violences gynécologiques et obstétriques d’Ovidie : Tu enfanteras dans la douleur (youtube)

Focus sur la césarienne

La césarienne est un acte médical invasif qui présente des risques comme toute opération. Il y a plus de risques à accoucher de cette manière bien que ce soit une invention qui a pu sauver de nombreuses vies et qui continue de le faire. Lors de la voie basse, le passage étroit du bébé dans le vagin permet à ce dernier de désencombrer ses voies respiratoires qui étaient jusqu’à alors remplies de liquide amniotique. Ce n’est pas le cas lors de la césarienne, ce qui peut provoquer parfois (mais c’est relativement peu fréquent) des problèmes respiratoires rapidement pris en charge. Ensuite, le passage par le vagin expose le bébé aux bactéries génitales de sa mère, ce contact rapproché lui permet d’initier la création de son microbiote intestinal (une flore bactérienne présente dans les intestins et essentielle pour l’humain).

Certaines césariennes sont réalisées après le début du travail (notamment dans le cas des césariennes d’urgence) mais parfois l’avantage justement d’une césarienne programmée est la maîtrise du jour de la naissance : une planification qui facilite l’organisation du médecin et des parents. Toutefois une césarienne pratiquée alors que le travail n’a pas commencé naturellement c’est particulier et cela peut avoir des conséquences, surtout sur l’enfant.

Certains risques diminuent quand la césarienne a lieu alors que le travail a commencé car la mère est alors envahi des hormones nécessaires à la naissance. Ainsi choisir le plus possible d’attendre le déclenchement naturel avant de pratiquer une césarienne choisie pourrait s’avérer avantageux pour l’enfant. Le but étant quelque part d’attendre que l’enfant soit « prêt » à venir au monde. Respecter alors comme date, le jour du terme est aussi une bonne alternative même si le travail ne s’est pas encore déclenché. Après, cela peut s’avérer complexe en termes de planification car il faut que le médecin soit disponible et qu’une équipe de bloc soit prête.

Voici par exemple un extrait à propos de la programmation d’une césarienne itérative (c’est-à-dire une césarienne pratiquée sur les cicatrices d’une ancienne césarienne) :

« Si la césarienne itérative devient l’unique possibilité, il reste envisageable d’attendre le début de travail spontané pour la pratiquer.

La prise en compte des conséquences de la programmation de la césarienne itérative amènent à envisager que l’on pourrait, même si une césarienne est prévue, attendre le terme de la grossesse et que la femme se mette spontanément en travail, lançant ainsi le processus de stimulation et de massage du bébé par les contractions ainsi que la production hormonale naturelle. Il serait alors temps de pratiquer la césarienne itérative…

Ceci ne se conçoit, bien sûr, que s’il n’y a pas de raison médicale interdisant tout début de travail, si la mère n’habite pas trop loin de la maternité, et si une équipe capable de pratiquer une césarienne y est disponible à toute heure. »

Pour en savoir plus : La césarienne programmée – Césarine

Pour plus de détails et d’infos sur les risques, les procédures et des conseils autour de la césarienne (y compris la césarienne sur demande maternelle) je vous conseille ardemment le site de l’association Césarine, une mine d’informations sur le sujet qui aborde tous les angles de la question avec objectivité afin que vous puissiez bien vivre votre césarienne.

La rapidité de la césarienne amène inévitablement à considérer les bénéfices que les praticiens gagnent en la pratiquant. La césarienne sur demande maternelle émane de la future parturiente mais dans certains cas de césariennes (programmées ou d’urgences), il est clair que le médecin s’avère complice de la décision dans le sens où parfois il (ou elle) l’encourage sans réelles justifications médicales. Au Brésil, il a été constaté qu’il y avait un plus grand nombre de césariennes la veille des vacances et des fêtes. Cela s’explique tout simplement par le fait que la césarienne, vite exécutée, assure au praticien un plus rapide retour dans son foyer. Sentiment humain certes mais fait au détriment de l’éthique médicale et de la promesse de soins.

« C’est multifactoriel, il n’y a pas un seul grand méchant loup dans l’histoire, on a des intérêts qui s’entrelacent. […] C’est durant le prénatal que la femme peut changer d’avis. Il suffit de saper le courage de la femme. » Ana Cristina Duarte, obstétricienne brésilienne

Oui la voix basse est « l’idéal », oui la césarienne présente des risques et des inconvénients. Cela ne veut pas pour autant dire qu’un enfant né par césarienne tombera forcément malade ou ne sera pas heureux. Il faut relativiser la chose sans oblitérer la réalité des possibles conséquences.

Je pense toutefois que la césarienne sur demande maternelle ne doit pas être encouragée et qu’au contraire , il est du devoir de la société et du corps médical d’agir afin de calmer au mieux les peurs des futures mères dans ce genre de cas et de faciliter la venue au monde de leur enfant dans un cadre respectueux, bienveillant et soutenant. Il faut arrêter de penser que la technologie et le progrès sont la solution systématique à toutes nos craintes et à nos problèmes. La plupart du temps, nous sommes la solution et nos corps savent ce qu’ils ont à faire avant même que la tête le conscientise.

Le malaise que j’ai ressentie à propos de ce sujet de césarienne programmée n’était finalement pas une attaque ou un jugement contre les femmes qui choisissent d’accoucher ainsi, c’est plutôt le contexte dans lequel cette pratique (encore marginale) s’inscrit et les possibles retombées sur le long terme qui m’inquiètent. J’ai peur que le peu qui est fait pour les naissances physiologiques se réduise voire disparaisse. Ça m’inquiète pour toutes les mères qui voudront accoucher de manière physiologique, ça m’inquiète moi égoïstement car ça me terrifie de me dire que possiblement je ne trouverais aucune aide accessible pour m’aider dans le style d’accouchement qui pour moi a du sens. C’est effrayant. J’ai peur qu’on ne me laisse pas bouger, qu’on m’empêche de changer de position si j’en ressens le besoin, j’ai peur de l’épisiotomie non nécessaire mais faite par facilité, j’ai peur qu’on appuie sur mon ventre et qu’on me donne de mauvais conseils pour allaiter. J’ai peur de me sentir abandonnée si je ne rentre pas dans les clous de ce qui est considéré comme normal actuellement dans les maternités françaises.


« La société contemporaine, fréquemment, produit le poison puis vend l’antidote. Cela s’est clairement passé avec l’accouchement. » O Renascimento do parto

Plus on intervient lors d’un accouchement, plus on augmente la nécessité de pratiquer d’autres actes et ainsi de suite. Certains gestes ou procédures sont les causes de l’enchaînement des complications là on l’on veut faire croire que le problème viendrait du corps lui-même.


Je ne veux pas qu’une pratique qui revêt une facilité de façade vienne, par son expansion, mettre en danger le peu déjà fait pour la physiologie car cela peut être le début d’un cercle vicieux très dangereux. Il est temps qu’une majorité des personnes de la profession médicale mettent à jour leur formation et réalisent les méfaits qu’ils peuvent provoquer en se croyant tout puissant sur le processus naturel. Une remise en question s’impose ! Il est également temps que de vrais moyens soient donnés aux hôpitaux et que l’on ne gère plus la santé comme une entreprise.

La question de la péridurale : le cliché de la femme méritante

Une autre crispation est ce qui a trait au choix de la péridurale. La promotion, la revendication autour des accouchements physiologiques et le traitement qui sont fait de ces récits-là provoquent parfois l’incompréhension.

D’une part il y a le fameux :  « mais pourquoi souffrir alors qu’on ne pourrait pas ? ». Les femmes qui la refusent sont alors parfois vues comme des masochistes qui refusent le progrès.

La péridurale est très positive car elle permet à certaines femmes de ne plus souffrir à cause des contractions. Plusieurs heures de travail c’est très dur à supporter et personne ne réagit pareil face à cette douleur même avec la meilleure préparation du monde. La péridurale permet donc aux femmes de se reposer et de souffrir moins. Après tout, l’accouchement est quand même la troisième plus grande douleur que peut ressentir un corps humain !

Péridurale - Schéma

Cependant elle présente aussi des inconvénients qui peuvent expliquer son refus par d’autres. Sans, on a une plus grande mobilité. On peut bouger, changer de position, aller dans l’eau (ce qui peut aider avec la douleur). Bref on est vachement moins limitée et on est pleinement consciente de toutes nos sensations corporelles ce qui peut aider lors de la poussée. Le bébé peut également être un peu endormi à cause du produit anesthésiant, rien de grave mais cela peut retarder la mise au sein.

Mais finalement ce n’est pas ça qui gêne. Le nœud qui cristallise ce conflit c’est plutôt l’approche émotionnelle du « sans péridurale ».

Pour certaines personnes accoucher sans péridurale c’est vouloir une naissance la plus naturelle possible et c’est aussi une volonté de vivre une expérience « totale », de vivre l’accouchement sous tous ses aspects y compris celui de la douleur.

Le soulagement naturel de la douleur durant l’accouchement – naître et grandir

Affronter cette douleur, la gérer sans gros produits anesthésiants peut être une source de fierté. Beaucoup de femmes ayant vécu cette expérience indique un gain de confiance en elles et en leur corps. Cette fierté à avoir vécu cela peut être perçue comme un jugement condescendant à l’encontre de celles qui ont eu recours à une péridurale. Comme si certaines étaient méritantes et d’autres moins (et donc vous imaginez le jugement sur celles qui choisissent la césarienne). Accoucher c’est un moment incroyable. C’est un chamboulement émotionnel et corporel car le corps est toujours mis à rude épreuve peu importe la méthode utilisée. La convalescence après une césarienne est d’ailleurs souvent plus compliquée car l’organisme a subi un plus gros choc. Et accoucher par césarienne ne dispense pas de rééducation du périnée car le poids de la grossesse impacte celui-ci de toute façon.

Conclusion

Photo par Liv Bruce
Photo par Liv Bruce

La naissance d’un enfant c’est une expérience très intime et à ce titre il faut accepter que tout le monde ne l’envisage pas de la même manière. S’informer est très important et il ne faut pas hésiter à être curieux.ses afin de connaître tous les avantages et les inconvénients de chaque méthode et pouvoir ainsi choisir en toute connaissance de cause selon nos attentes et notre vision des choses. Pour autant je pense qu’il faut se battre pour encourager plus de physiologie. Cette dernière est très politique car elle demande du temps. Un accouchement physiologique en comptant le travail et l’expulsion prend plusieurs heures voire journées alors qu’une césarienne est conclue en 5 à 20 minutes. La physiologie nous oblige à être dans l’attente, dans l’imprévisible, chose que déteste notre société productiviste et rationalisée. Selon moi, militer et informer pour redonner à la physiologie une juste place est essentiel. Dans cette société où tout va trop vite, nous devons exiger cette valeur qui nous échappe et qui ferait du bien à tous ainsi qu’à la planète : le temps. Et quoi de plus logique en premier lieu, que d’exiger du temps au moment si crucial de la naissance, ce moment où tout commence ?

 

Sources / Ressources pour aller plus loin :

Vous pouvez consulter à ce sujet l’un de mes anciens articles : LA MEILLEURE SCÈNE DE « JE NE SUIS PAS UN HOMME FACILE » : UNE VISION DIFFÉRENTE DE L’ACCOUCHEMENT

Livres :

Au monde, ce qu’accoucher veut dire – Chantal Birman

Le guide féministe de la grossesse -Pihla Hintikka et Elisa Rigoulet

Documentaire :

→ Tu enfanteras dans la douleur – OVIDIE

→ O Renascimento do parto (partie 1, 2 et 3 sur Netflix). Ce documentaires en plusieurs parties est centré sur la situation de l’accouchement dans divers pays et particulièrement au Brésil où la césarienne atteint des taux records. C’est passionnant et très complet. Indispensable

Podcast :

Le Nid – par Léa

Bliss Stories – par Clémentine

Instagram (pour voir des accouchements) :

@badassmotherbirther

2 commentaires

  1. paradisehunter35

    C’est très intéressant. j’ai regardé le doc d’Ovidie… consternant. Comment au XXIème siècle peut-on traiter les femmes de cette façon ?
    Tout le problème vient de la médicalisation excessive de l’accouchement. Comme tu le dis on en a fait une maladie alors que c’est quelque chose de naturelle. Surtout : chaque femme est différente donc a des réactions, des émotions différentes lors de son accouchement. Mais encore une fois uniformiser les « symptômes » permet de voir l’accouchement comme une maladie et donc pouvoir la gérer de façon uniforme avec des protocoles qui ne correspondent pas du tout à ce que chaque femme a besoin.
    Il y a quelque chose qui ne va pas dans ce domaine et dans tout le domaine de la santé en général.

    Aimé par 1 personne

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