Les Talons – Confessions d’une ex addict

Il y a quelques mois sortait cette vidéo passionnante d’Antastesia sur sa vision de la féminité. Cela m’a donné l’envie d’aborder un sujet avec vous qui a longtemps fait partie de ma vie, que dis-je, de mon identité (oui rien que ça) : les talons hauts.

Je l’ai déjà abordé dans cet article mais ma relations aux talons hauts a considérablement évolué entre mon adolescence et aujourd’hui. C’est bien simple jusque il y a encore quelques années, j’étais « madame talons hauts ». À partir du moment où mes parents m’ont autorisé à en porter (à peu près vers 15 ans), je n’ai porté que ça durant TOUTES MES ETUDES (lycée et licence comprise hein).

Certaines avaient une passion pour le maquillage, d’autres pour les fringues, moi c’était clairement les talons hauts. J’étais obsédée par les chaussures. Voilà c’est dit.

De fait, je trouvais que les talons hauts étaient véritablement les plus belles pièces d’un dressing et qu’ils sublimaient n’importe quelle tenue. J’étais en admiration devant Louboutin à qui j’ai même consacré un exposé en anglais pendant ma seconde année de DUT. J’avais le talon haut dans la peau et j’adorais en porter du matin au soir malgré l’agacement de mes voisins (encore désolée cher jeune homme du rez de chaussée lors de ma deuxième année) et la douleur.

Car oui j’avais mal. Moins qu’une personne qui n’est pas habitué mais au bout d’un moment évidemment que j’avais mal. Mais peu importe, je les reportais le lendemain car mon amour pour mon allure en talons supplantait la perspective de la douleur. Heureusement j’étais en cours donc je marchais de chez moi à mon école et inversement dans la majorité de mes trajets. Quand il s’agissait de sortir ou autre, j’étais aussi en talons évidemment et les gens me demandaient souvent : « mais t’as pas mal ? c’est quoi du 10 ? du 11 ? » et moi je répondais « oui c’est du 10 cm, mais non ça va je suis habituée ». J’exaltais à parler de leur hauteur comme d’un mec qui est fier de parler de sa bite.

Je bavais devant les beaux dressings rangés au cordeau et remplis de superbes pièces de créateur. Mon but à moi : pouvoir un jour me payer une paire de Louboutin, pas une Rolex. C’était un vrai goal de vie.

Ma vision du romantisme 

L’un de mes documentaires favoris est le plutôt célèbre GOD SAVE MY SHOES qui est entièrement centré sur l’histoire du talon haut mais surtout sur la passion qu’entretiennent les gens à leur égard (en majorité des femmes mais aussi des hommes). Le documentaire est passionnant même si maintenant je me rends compte qu’il est très hétérocentré et que je rajouterai des parties sur la danse en talon et densifierai celle sur les drag queen. Bref il est imparfait mais il propose des pistes intéressantes pour une réflexion autour du talon.

J’aimais porter des talons car, de un je trouve l’objet beau en lui-même, et de deux car j’aimais la sensation qu’ils me procuraient lorsque je les portais. Une impression d’élégance, de « féminité » et d’assurance. Très tôt j’avais associé les talons avec le soin de son image et comme étant l’apanage d’une garde robe féminine (j’étais jeune hein pardon). De plus, ma petite taille m’a pas mal complexé plus jeune alors porter des talons me rassurait car cela me grandissait. J’avais un peu moins l’impression d’être un hobbit.

J’ai toujours eu des grands-mères très élégantes. L’une d’elles, Monique, a toujours porté des talons, et le fait encore le plus possible malgré son âge. Elle est pour moi un symbole de chic et de raffinement alors avoir cela en commun avec elle m’a fait me dire que j’avais ça dans le sang malgré tout le ridicule que peut avoir cette pensée.

J’ai commencé à changer de perspective quand la réalité est venue toquer à ma porte. Et par réalité, j’entends…la vie professionnelle.

Bonjour c’est le pragmatisme

J’ai été bibliothécaire ainsi que libraire. Dès le début, lors de mes stages pratiques pendant mes études j’ai senti que mes talons allaient vite s’avérer incompatibles avec un boulot où tu piétines . Car les livres ne se rangent pas tous seuls. Je sais c’est dingue, un coup de figitus et on en parlait plus mais bon…

Pendant mes études j’ai également participé en tant qu’apprenti libraire au Salon du livre de Paris. C’était épuisant, stressant bien que très formateur. Porter des talons là-bas aurait été une folie et d’ailleurs nos professeurs nous avaient prévenu à l’avance : « Baskets conseillées et mangez des pâtes pour avoir du carburant ».

Bref ce sont des métiers où tu fais beaucoup de manutention afin de ranger, d’aménager et de maintenir l’espace achalandé et ordonné. Donc tu marches, bon sang ce que tu marches. On s’en doute pas quand on commence mais tu dois quasi constamment être debout et/ou marcher lors de toutes tes actions.

C’est à ce moment que j’ai donc ralenti le port de talons et ce jusqu’à un arrêt quasi complet aujourd’hui. Le pragmatisme et mon confort ont eu raison de mon amour indicible des stilettos et autres joyeusetés. J’ai d’abord réduit la hauteur mais aussi largement la fréquence. La transition n’a pas été évidente au début car mes pieds étaient tellement habitués à la cambrure des talons qu’ils ont mis du temps à s’habituer au plat. Maintenant malheureusement mes pieds sont assez sensibles et me chausser vire parfois au casse-tête. J’ai tellement pris sur moi toutes ces années pour une question de look que c’est comme si mes pieds avaient épuisé leur capacité à supporter l’inconfort.

Au-delà du côté pratique sur lequel je suis très vite tombée d’accord, le défi a été plutôt de « m’accepter à plat ». J’ai souvent été reconnue pour mon goût en chaussures et pour être celle, qui en toutes circonstances, serait chaussée de belles échasses. Me retrouver déposséder de ces atours particuliers n’étaient donc pas aisé mais il n’y pas de secret : j’ai tout simplement laissé le temps au temps. Je me suis habituée, j’ai essayé d’accorder autant de soin à l’allure de mes chaussures plates que le reste de mes habits pour que le tout se marie bien. Et en fait, maintenant ça va. J’adore sentir que je suis à l’aise dans mes pompes pour mes trajets à pieds et je réserve les talons (bien moins hauts maintenant) pour les soirées ou les événements si l’envie m’en dit.

Talon, nerf de la guerre

Le syndrome de la belle plante

Le port des talons peut être une chose choisie et bien vécue car faite avec plaisir mais cet accessoire peut aussi revêtir une symbolique plus triste ancrée dans le sexisme.

Je me souviens, pendant mes études, je m’étais engueulée avec une fille qui avait émis un jugement cinglant sur le port des talons. Pour elle c’était un accessoire de domination patriarcale. Je ne comprenais pas son point de vue car moi cela me plaisait d’en porter et à contrario de ce qu’elle avançait, je me sentais puissante en les portant. Désormais je pense que nous avions toutes deux raison. Le documentaire God Save My Shoes explore assez bien les raisons pour lesquelles le talon est aimé et porté. Mais pour autant, oui, le talon peut en effet cristalliser des discriminations.

Commençons par les professions avec un code vestimentaire stricte. La plupart du temps les professions en lien avec du public ou d’accueil encourage, voire même oblige le port de talons pour les femmes. On trouve bon nombre de témoignages de femmes ayant vécu de terribles expériences professionnelles où elles devaient rester debout, jucher sur des talons et sourire malgré tout sans rien laisser paraître. Finir avec les pieds en sang ce ne sont pas des conditions normales et saines de travail.

Déjà que le dress code au boulot c’est souvent ridicule car loin du pratique et du confort, il peut s’avérer inégalitaire des deux côtés : obligation du costume en toute saison chez les hommes et talons hauts de rigueur chez les femmes. Ces dernières années, le problème a été abordé en Angleterre et surtout au Japon avec le mouvement #Kutoo :

#KuToo, ou la révolte des Japonaises contre les talons hauts

Port des talons au travail, plus on est en bas de l’échelle, plus les attentes sont sexistes.

Le port de talon s’avère néfaste pour la santé quand ces derniers sont trop hauts et portés trop fréquemment. Ils peuvent causer, entre autre, hallux valgus, ongles incarnés, douleurs dorsales, raccourcissement du mollet (si si)  et dans les pires cas entorses et fractures.

TALONS HAUTS : QUELS RISQUES POUR LA SANTÉ ?

Devoir être juchée sur des talons hauts par pression sociale est significatif d’un aspect des attentes sur la féminité : sois belle et tais toi ou le complexe de la belle plante. Ce type de chaussures, même si on marche bien avec (et c’était mon cas) rend vulnérable car moins stable et donc moins apte à différents mouvements. Tout peut devenir un obstacle inconfortable au mieux ou dangereux au pire (les pavés, courir…). Alors en ce sens oui, les talons hauts peuvent être assimilés à une pratique patriarcale quand par pression, ils confinent et restreignent les femmes dans leur mouvement, au nom de l’allure attendue.

Les conseils mode foireux

Le deuxième aspect qui me hérisse le poil en terme de discriminations et de talons ce sont … les conseils mode à destination des personnes grosses. Très souvent, on conseille aux femmes rondes ou grosses de porter des talons afin d’affiner leur silhouette. Ce conseil m’a toujours choqué. En somme, quand on a des rondeurs on ne devrait pas porter de chaussures plates ? On devrait, pour des considérations esthétiques, se passer de confort parce qu’on est pas mince et qu’on a l’audace de vouloir s’habiller ?

Car oui si vous regardez bien, les articles avec des conseils stylistiques pour les personnes grosses, n’ont le nom de conseils que des techniques qui visent à affiner leur corps. Cacher son ventre, affiner ses jambes, couvrir ses bras et j’en passe, ce ne sont pas des conseils, ce sont des injonctions déguisées.

On peut faire un article à destination d’autres morphologies sans verser dans la discrimination camouflée. Par exemple avec des techniques pour bien marier les pièces entre elles mais même ça ce n’est pas gravé dans le marbre. La mode c’est subjectif, rien de ce qui la compose n’est parole d’évangile. Les gens devraient pouvoir faire ce qu’ils veulent et ne pas s’entendre dire de porter des talons car elles sont grosses. BORDEL.

En conclusion

Les talons hauts sont des accessoires, des objets de parure qui doivent rester des options pas des obligations. Je les trouverai toujours beaux, mon coeur palpitera toujours un peu en voyant les escarpins dorés à paillettes de Carrie Bradshaw mais j’ai évolué et ce n’est pas négatif. Vouloir être à l’aise ne signifie pas la mort d’une hypothétique image de la féminité. Aucune règle stupide ne devrait empêcher les gens de se sentir confortable pour mener leur vie. Faites vous plaisir tout en prenant soin de vos pieds et de votre santé !

 


Bonus : Le terrible épisode des « Shoes of the Death »

J’avais 15 ans  et je m’étais acheté en solde des escarpins vertigineux avec plateforme. Je les avais payé à peine 5 euros dans un petit magasin qui vendait des chaussures à tout petit prix. J’aurais dû me douter que des chaussures neuves à 5 euros ça n’inaugurait rien de bon quant à la santé de mes orteils, le pourtour de la chaussure tenant plus du carton rigide qu’autre chose. Le soir-même, sortie en famille : ciné +  resto. Toute fière j’ai chaussé mes nouveau talons (malgré les inquiétudes de mon entourage) et les problèmes ont commencé dès 5 minutes de film. Même si je ne marchais pas, mes pieds étaient tellement comprimés dans ces chaussures dures et serrées que j’ai ressenti progressivement une gêne puis une vive douleur au niveau de l’avant de mes pieds. Tant bien que mal, nous sommes allés au restaurant et j’avais si mal que je n’ai même pas pu profiter du repas. Ma famille me disait de les enlever mais je savais pertinemment qu’une fois ôtées, je ne pourrai pas les remettre pour sortir du restaurant et je ne voulais pas être pieds nus en dehors de la maison. Torture et damnation ! Et finalement nous sommes rentrés, c’était le soulagement, la délivrance, j’ai ôté ces objets du démon. Mais en fait ce n’était que le début de l’horreur. Mes pieds étaient blancs. Le sang ne circulait plus et lorsque ce dernier s’est redirigé vers mes extrémités, la douleur a été abominable. J’ai pleuré de souffrance pendant plusieurs minutes et n’ai plus jamais reporté ces horreurs que l’on a nommé par la suite « The Shoes of the Death ».

Fin de la parenthèse


 

Et vous, vous avez une anecdote de talons à raconter ?

 

photo de couverture : Luis Quintero

6 commentaires

  1. paradisehunter35

    J’avoue que les talons hauts font une silhouette magnifique. C’est parfois ce qui change tout.
    Par contre porter des talons hauts, c’est accepter de se tenir d’une certaine façon… et de souffrir plus ou moins. C’est un peu comme un corset.
    Comme je suis grande, je n’ai pas du tout cet envie d’en porter pour paraître plus grande. Par contre il faut accepter de dépasser pas mal de monde d’une tête ! Être petite ce n’est pas glope, être trop grande non plus.
    Donc pour moi j’avoue ces chaussures restent une envie de plaire, d’être glamour, d’être sexy.
    Pour ce qui est du professionnel, moi ce n’était même pas en rêve. J’ai travaillé dans le commerce pendant une quinzaine d’années. Debout toute la journée toute la semaine, toute l’année, apprend très vite à privilégier le confort.
    Les années aussi m’ont dit : prend soin de tes pieds, ils te portent ! Aujourd’hui je cherche le confort avant tout.
    Par contre j’ai toujours eu des talons entre 3 et 5cm de hauteur. Idéal pour être confortable. Exit cependant les talons aiguilles… qui sont apparus que dans les années 50. Et oui ces chaussures et le fétichisme qui va avec sont très jeunes.

    Il y a une expo à partir de novembre jusqu’en février au Musée des Arts décoratifs à Paris sur les chaussures. Elle s’appelle « Marche et démarche ». Je pense que cela peut t’intéresser !

    Aimé par 1 personne

  2. Happy Virginie

    J’allais raconter cette anecdote et hop … c est le bonus de l’article ! Quel souvenir de torture ! Je te revois totalement paralysée par tes pieds comme bandés en Chine au début du siècle dernier! Même si nous avons beaucoup ri de l’ironie de la situation c était affreux ! J’adore les talons… CONFORTABLES… ici c est compensés l’été, et entre 6 et 8 cm avec talon large et stable pour les autres saisons … je porte mes converses le WE ou quand cela ne va pas fort 😘 bisous ma soeurette

    Aimé par 1 personne

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