La demeure au fond des bois

Ceci est un exercice que je n’ai jamais fait. C’est un texte qui peut s’apparenter à de la fiction mais qui, en réalité, est une porte que j’ouvre sur un lieu qui n’appartient qu’à mon imaginaire et qui me sert d’ancrage quand j’ai besoin de souffler. La demeure au fond des bois est un endroit mental qu’il me plaît d’imaginer et où je me réfugie. C’est un exercice psychologique assez efficace conseillé notamment par ma psy.

J’avais envie de décrire ce lieu, de mettre des mots dessus pour le rendre accessible à d’autres, et peut-être si cela vous parle, vous donner envie de faire la même chose. Quel serait votre lieu d’ancrage ? Quel serait votre refuge imaginaire ? Il me plairait de le savoir.

Afin de vous immerger au mieux, je vous conseille de lancer cette ambiance sonore avant de commencer la lecture et espère que vous trouverez peut-être dans ce texte, un peu de poésie.

 


Cette forêt je l’imagine épaisse et sombre. D’un vert émeraude qui parfois tire vers le noir tant les arbres sont hauts et la lumière rare en dehors de quelques clairières éparses. Dans cet écrin vert où l’on sent la mousse et la terre humide, de petits carrés luminescents se distinguent. Ce sont les fenêtres de ma masure. Une vieille maison de pierre et de bois, raccommodée comme un vieux vêtement que l’on aime trop. Je m’approche à faible allure, elle si belle perdue dans l’immensité de l’endroit. Sa cheminée crache de douces volutes, promesses de chaleur à l’intérieur de ses murs

Quelques flammes de lampions m’accueillent sur le porche. Une balancelle attend patiemment que je m’y love mais pour l’instant c’est le doux vent du nord qui la fait se mouvoir. J’entends du bruit derrière moi. Les fougères s’écartent et les brindille craquent à l’approche d’un visiteur. Rien d’étonnant, je suis ici entourée de créatures.

J’habite dans leur forêt. J’entends le soir la chouette hululer, j’aperçois au détour de mes balades les bois d’un cerf. Mais là serait-ce le jackalope blanc ? Ce dernier vient régulièrement me voir et profite de mon potager. Quand vient l’été, je ne le vois pas pendant plusieurs semaines mais il revient toujours lorsque les mois sombres s’annoncent. Au début de l’automne, je ne vois que ses yeux. Deux prunelles qui brillent dans le noir lorsque je suis sur le porche le soir, une infusion chaude entre mes doigts froids. Au fil des semaines, nous nous apprivoisons à nouveau jusqu’à ce qu’enfin, les premiers jours d’hiver, il se montre et m’attende devant la porte, son poil crème tout humide à cause de la rosée. Je me plais à penser que c’est mon familier.

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Quand j’entre, la porte et le parquet craquent sous le poids de mon corps. M’assaille alors le fumet délicieux de pommes caramélisées tout juste sorties du four. Ma cabane est accueillante. Je la vois chaleureuse, pleine et parfois mal rangée. J’ai horreurs des intérieurs trop épurés, vide et froids. J’aime les bibliothèques qui débordent, les beaux bibelots qui prennent parfois la poussière mais qui en disent parfois plus de nous, que n’importe quel carte d’identité. Je veux des murs remplis. De cadres, de photos, d’œuvres d’art. Les murs ici sont comme le reflet de mon âme : j’y affiche les choses qui contentent mon œil et font battre mon coeur. Le bois et la pierre sont maîtres à l’intérieur. Ils constituent l’armature. Un squelette que j’habille d’une chaire de velours, de coussins moelleux et de tentures immense. Du rouge, de l’ocre, du jaune et du vert sapin. L’automne a pris ses quartiers sur mon linge de maison.

Pourquoi les gens aiment les grandes demeures ? J’aurais le sentiment de m’y perdre. Comme les enfants, j’aime être contenue, enveloppée. Les chaumières, les cottages, sont mes tanières préférées. Mes indispensables ne prennent pas tant de place : un petit coin salon fait de bric et de broc avec une cuisine fonctionnelle pour commencer. Puis au plafond des herbes et des fleurs en train de sécher, dans l’attente d’être utilisées, infusées ou cuisinées. L’exception est une belle bibliothèque de bois qui prend tout un mur. Sur ses étagères, il y a de quoi apprendre et s’évader pour quasiment toute une vie. Dans un coin, à côté de mes livres, trône un fauteuil avec des accoudoirs. Il est profond et confortable, c’est mon fauteuil de lecture. Dedans je lis, je dévore les plus gros ouvrages mais je rêvasse aussi, gardienne d’un trésor rare, celui du temps et du droit à l’ennui.

Mais mon secret se trouve à l’étage. Avant d’accéder à ce lieu, je grimpe l’escalier, vieux mais encore solide qui se trouve à côté du conduit de la cheminée. L’âtre distille sa chaleur dans toute la maisonnée, mais c’est particulièrement au niveau des marches de bois que cette dernière nous enveloppe. C’est pourquoi, parfois, lors des soirées d’hiver, je me blottie sur ce fameux escalier pour écrire ou lire comme quand j’étais enfant.

L’étage est ma chambre. Mon lit, un simple matelas épais installé sur un sommaire cadre de bois. Une guirlande multicolore, entrelacée à la tête de lit dispense une lumière douce et bigarrée. Les draps sont souvent en désordre, pourquoi les arranger quand nous les dérangerons à nouveau le soir-même ? Il y a une grande fenêtre en face de ma couche et à côté un bureau. Ce dernier est vaste, en désordre mais pas trop. C’est à cet endroit qu’après une journée fatigante, je viens dessiner, peindre mais surtout écrire. La grande plaque de bois est remplie de godets, de papier, d’encre et de lectures annotées. Au milieu de ce doux fatras, une tasse abandonnée trahit mon travail tardif de la nuit passée. C’est d’ailleurs peut-être à cet endroit que j’écris ces quelques lignes avec en face la vaste forêt et ses bois obscurs. Le soir venu, lorsque le paysage devient invisible et se confond avec la nuit noire, je m’allonge et contemple le hublot de verre placé au sommet de mon toit : fenêtre divine qui fait rentrer la lune et ses étoiles dans ma masure, ma demeure au fond des bois.

 


 

La plupart des gifs qui illustrent ce texte sont l’oeuvre de l’artiste russe Alexandra Dvornikova. Son instagram : @Allyouneediswall

 

 

 

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