Choisir le sexe de son enfant (méthode mybubelly) : questions éthiques

Je suis tata 6 fois et je voulais toujours savoir le sexe ET le prénom. Mais mes sœurs se sont amusées à varier les plaisirs en nous cachant l’un ou l’autre voire les deux selon les grossesses. Savoir ça me semblait logique et j’avais du mal à comprendre pourquoi certains parents voulaient la surprise. Puis, avec du recul et grâce à l’essor du féminisme et du refus des diktats de genre, j’ai compris la démarche de parfois, ne pas souhaiter savoir.

Ce recul, j’en ai pris conscience lors de mon incompréhension grandissante face à la médiatisation des « gender reveal ». Une « gender reveal » est une fête durant laquelle, le sexe du bébé est dit aux proches. Généralement, cela se fait d’une manière amusante voire spectaculaire et un proche est dans le coup pour que les parents aussi aient la surprise. Le tout est révélé au moyen d’un objet (cotillons, fumée, ballons, gâteau) d’une couleur censée représenter le sexe et comme vous l’aurez deviné le code couleur c’est bleu pour un garçon et rose pour une fille.

 

En voyant de plus en plus cela et en me posant la question pour moi-même, je me suis rendue compte qu’en fait, bordel, on devrait s’en foutre du sexe de l’enfant.

Et tout le problème est d’ailleurs dans l’intitulé de ce genre de fête : « gender reveal » car oui la langue anglaise est bien faite (gender veut dire sexe biologique là bas). J’ai l’impression qu’avec ce genre d’événement, on célèbre l’arrivée d’une personne dont on présuppose le genre en fonction de son sexe biologique or, SCOOP, parfois ça concorde pas. C’est entériner l’idée que le genre et le sexe c’est pareil alors qu’on se tue à expliquer que c’est faux. De plus, le genre c’est vaste, avec des degrés différents et surtout il n’est pas gravé dans le marbre : il est mouvant, ça dépend des personnes. Mais ce n’est que la partie immergée de l’iceberg du souci.

Car finalement, ça symbolise quoi la « gender reveal » ? Pourquoi on veut tant savoir le sexe d’un enfant à naître ?

Réponse : cela aide les parents à se projeter psychologiquement et aussi matériellement parlant. En sachant le sexe, ils se sentent plus à l’aise pour décorer la chambre,  pour acheter les habits et les jeux. Or un enfant ça n’a pas de couleur attitré mais le cliché est tenace et sert bien le marketing et le capitalisme.

Ensuite, en sachant le sexe, on est amené à apposer sur cet enfant des attentes qui NOUS correspondent et qui souvent correspondent à ce que nous dicte la société. C’est en ça que je dis que savoir le sexe permet aux parents de se projeter. En fonction du sexe annoncé, il n’est pas rare de se construire une image mentale de l’individu à venir mais la réalité peut être tout autre et ne correspondre en rien à ce qu’un parent s’imagine.

Cette image mentale est encore parfois trop binaire et souffre des clichés de genre qui ont toujours cours à notre époque. Comme avec le fameux poncif : les filles sont plus calmes et les garçons turbulents. C’est pas inné hein, ils acquièrent ces comportements parce qu’on les y encourage et parce qu’on les éduque souvent en fonction de ces poncifs. De même, parfois les pères souhaitent des garçons et les mères des filles car on a intégré le fait que les deux sexes/genres sont différents et que en ayant le même sexe/genre que son enfant on va être plus proche de lui. Parfois ça peut être le cas notamment en ce qui concerne la puberté. On conseille mieux sur ce sujet si on a traversé les mêmes étapes mais en soi, il serait plus sain que par exemple les règles ne soient plus taboues et réservées à un cercle uniquement féminin. Ce serait chouette que les pères soit capables de parler de ce sujet et pareil en ce qui concerne les garçons du côté des mères : il faut s’éduquer et ne pas se braquer en établissant des barrières. Et ce, peut importe la configuration parentale (hétéro, homo ou monoparentale).

Un célèbre épisode de la série Malcolm illustre d’ailleurs ces clichés autour du genre. La mère, Loïs, enceinte jusqu’aux yeux, en marre de ces garçons qui enchaînent les bêtises. Du coup elles s’imaginent avec trois filles car elles sont censées être plus calmes et réfléchies, aimer le shopping et manger des salades au lieu des énormes portions que mangent Reese, Malcolm et Dewie. Or c’est pire, car les filles s’avèrent être plus fourbes, manipulatrices et centrées sur leur relations amoureuse. Ses filles imaginaires sont tellement ignobles que leur père, Hall est en stress permanent et se console avec la nourriture. Notre Loïs se dit donc qu’elle est finalement plutôt bien lotie avec sa joyeuse bande de turbulents. Je nuance, à la fin ses filles imaginaires lui disent qu’en fait peu importe qu’elle ait des filles ou des garçons, c’est leur éducation qui rend leurs enfants intenables mais bon le cliché est malheureusement entretenu le long de l’épisode.

On construit donc des attentes autour de cet enfant, on l’imagine, on le pense et on se le décrit mentalement mais c’est un pur fantasme qui souvent heurte la réalité.

D’où mon problème avec MyBuBelly dont la publicité n’arrête pas de circuler sur Facebook entre autres depuis quelque temps. Sa créatrice a même était invité sur le plateau de l’émission Les maternelles en novembre 2017.

MyBuBelly c’est une méthode qui propose aux parents de pouvoir choisir (ou du moins de favoriser) le sexe de leur enfant en amont de la conception grâce à un régime alimentaire. Que la méthode marche ou pas, là n’est pas tant le problème, c’est surtout le principe qui me gêne énormément. En effet, avoir la possibilité d’influer à ce point sur cette question me paraît problématique, surtout si on le lit à tout ce que j’ai expliqué plus haut. Le questionnement induit est à la fois social et éthique.

Pourquoi serait-il si important de choisir à l’avance le sexe ? La créatrice de la méthode explique, que dans son cas, elle voulait d’abord un garçon pour des raisons « traditionnelles ». Il est là le problème bordel, on y revient toujours. Ces personnes souhaitent des genres préconçus plutôt que des individus à part entière. Plus je voyais les pubs pour MyBubelly, plus je m’énervais et je comprends mieux pourquoi en réfléchissant à tout ça . Déjà que courir tête la première dans les clichés à l’annonce du sexe c’est pas top mais alors là CHOISIR le sexe, c’est encore pire. Je trouve que le service proposé par cette entreprise est dangereux mais malheureusement symptomatique de notre époque qui tend de plus en plus vers l’eugénisme.

Car après le sexe, la couleur des yeux ? la couleur des cheveux ? Une certaine taille ?

Ce besoin constant de contrôler la nature me fatigue. Pourquoi ne pas laisser une part de mystère à cet événement ? Pourquoi se sent-on comme des rois et reines dans un self où tout est à la carte ? Si une grossesse survient, que la femme décide de la poursuivre alors tout ce qu’on devrait projeter sur cet enfant c’est qu’il s’accomplisse selon ce qu’il sera, pas selon ce qu’il a entre les jambes. Avec l’armada scientifique disponible aujourd’hui, les choses peuvent très vite déraper alors autant contenir cet élan divin qui nous agite et revenir à une relation plus saine à nos enfants, futurs ou déjà nés.

Je ne fustige pas les gens qui veulent savoir. Ce n’est pas mauvais du moment que l’on se demande pourquoi on veut savoir et surtout du moment qu’on est conscient que le sexe d’un enfant :

  • ne le détermine pas en tant qu’individu
  • ne doit pas influencer son éducation avec des différences genrées
  • est possiblement en désaccord avec son genre.

De même je ne diabolise pas la « gender reveal », je la questionne. Apprendre le sexe et en faire une fête peut être vu comme une manière de célébrer une nouvelle information à propos de son bébé et ça c’est plutôt positif. Les vidéos de « gender reveal » sont généralement pleine d’amour et de joie, c’est l’occasion de se regrouper avec des gens qu’on aime pour évoquer l’enfant à naître et le fêter. C’est également un moment où tout le monde y va de son pronostic et c’est celui qui a deviné qui gagne, c’est un instant de joie sincère. Ce qui m’interroge, c’est le fait que cette célébration se centre sur le sexe du bébé.

Par contre vouloir choisir le sexe me paraît vraiment problématique pour toutes les raisons citées plus haut. C’est un souhait très ancien certes mais ça ne veut pas dire que c’est une chose morale : l’argument de l’ancienneté n’est pas un vrai argument, c’est celui des gens embrigadés dans l’immobilisme et la tradition. C’est d’ailleurs un argument qui intervient souvent pour justifier des pratiques qui sont remises en questions : comme manger de la viande. Et puis il ne faut pas oublier qu’avant, vouloir un sexe plutôt qu’un autre était plus pernicieux car la misogynie était encore plus tenace. Effectivement, les filles ont souvent souffert d’une position d’inférieures dans les successions par exemple. Je pense aux reines de certaines monarchies occidentales qui devaient avoir des héritiers mâles ou bien la disgrâce leur pendait au nez. Ne pas avoir de garçon était un échec et c’était celui des mères alors que maintenant on sait que le sexe est déterminé par le père. Triste ironie.

Après certaines personnes souhaitent plus un sexe qu’un autre car il y a en jeu une confusion psychologique entre l’enfant à naître et un passé douloureux. L’article  suivant explique deux cas de figures : une femme qui ayant eu une très mauvaise relation avec sa mère avait peur de reproduire ce schéma si elle avait une fille ou encore une maman qui ne voulait pas de garçon car elle avait eu un frère tyrannique. Ces raisons ne sont pas justes mais compréhensibles. Il faut accompagner ces parents dans leurs craintes et les rassurer. D’après un autre article du même site, le souhait de savoir le sexe est parfois impulsé par les papas pour qui cette information permet de mieux concrétiser un enfant qu’ils ne sentent pas et ne voient pas.

Magicmaman : Déception ou grosse angoisse à l’annonce du sexe de bébé

Bref je n’approuve pas MyBuBelly. Et plus tard, si je mets en route un projet bébé, je ne demanderais pas à savoir le sexe. Tout simplement parce que je m’en fous.

Que dites-vous de ce questionnement ? Que pensez-vous du service proposé par MyBuBelly? N’hésitez pas à venir exprimer votre avis dans les commentaires !

à plus dans le chaudron !

 

 

2 réflexions sur “Choisir le sexe de son enfant (méthode mybubelly) : questions éthiques

  1. Isa Poitou dit :

    C’est vrai que choisir le sexe biologique, je ne suis pas pour.
    De toute façon, on va se retrouver face à des problèmes s’il y a trop de filles ou garçons.
    On l’a vu en Chine par exemple.
    Pour la révélation du sexe, je ne sais pas ce que je préfererai.

    Aimé par 1 personne

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