Livre: Jamais assez maigre, journal d’un top model,Victoire Maçon-Dauxerre

Aujourd’hui je reviens avec un livre datant de 2016 mais qui m’a marqué lors de ma lecture à sa sortie. Ce livre c’est le témoignage de Victoire Maçon-Dauxerre, une jeune française qui a intégré à ses 17 ans le monde du mannequinat et en est ressortie brisée.

Avec cet ouvrage elle raconte ses quelques mois au sein d’une industrie corrompue qui pousse des jeunes filles vers une souffrance mentale et physique pernicieuse et dangereuse.

Actuellement Victoire Maçon Dauxerre a 25 ans, elle est devenue comédienne et a réussi à se remettre de son passage chaotique par la mode bien que, malheureusement, la nourriture reste encore un problème pour elle.

jamais assez maigre victoire maçon dauxerre

 

Quel a été le parcours de Victoire Maçon-Dauxerre ?

photo extraite de Jamais assez maigre Victoire maçon Dauxerre
photo extraite de Jamais assez maigre, premiers polaroïds pour les castings

La jeune femme est repérée l’été après son bac alors qu’elle prépare le concours pour sciences-po, elle a 17 ans. Elle signe chez Elite, l’une des agences les plus prestigieuses. On la programme pour la fashion week deux mois plus tard, à New York, Milan et Paris. Or malgré son 36, l’agence la prévient que les vêtements des défilés sont en taille 32. On lui fait donc comprendre que d’ici 8 semaines, elle doit perdre deux tailles. Victoire y arrivera en mangeant 3 pommes par jour : elle passe de 58 à 47 kilos. Après plusieurs mois, de nombreux défilés et un certain succès, Victoire décide de quitter le métier définitivement : elle se sent vide, devient odieuse, le stress la bouffe tandis que la sensation de faim la consume à petit feux. Victoire est malade, elle a sombré dans l’anorexie-boulimie. Elle est en train de mourir. À cause d’une tentative de suicide elle est enfin prise en charge et commence sa reconstruction loin des podiums.

Les coulisses inhumains de la mode

Le déclic de Victoire, c’est la maltraitance de trop : un shooting à Paris en décembre. Les mannequins dont elle fait partie sont en petite tenue dehors tandis que l’équipe autour d’elle est bien emmitouflée. Rien n’est proposé pour les protéger du froid alors Victoire décide de se mettre à l’abri dans la caravane, chose sacrilège à laquelle son agent répondra par « Mais pour qui tu te prends ? Tu n’es qu’un mannequin. ».

Mais avant cet énième manquement au respect il y aura beaucoup d’autres événements, dont certains sont terrifiants d’hypocrisie et de cruauté.

Emprise et manipulation

Durant l’été, elle apprend qu’elle n’est pas admise à Sciences-po. Ainsi le mannequinat devient un plan B que la jeune femme veut à tout prix réussir. Sa peur de l’échec est terrible et comme un bon soldat, elle fait tout pour se conformer aux attentes surréalistes de ce métier. L’emprise est donc totale car insidieuse. À la fois on lui fait comprendre qu’elle n’a pas le choix puisque les vêtements sont ce qu’ils sont, c’est-à-dire très petits en taille 32 mais aussi on la flatte sans discontinuer quand elle se conforme aux attentes. La manipulation s’installe, aggravée par le jeune âge de Victoire or l’extrême jeunesse est très courant dans le milieu des défilés. De nombreuses mannequins croisées par Victoire sont ainsi des ados accompagnées parfois par leur mère.

La solitude

extrait du livre Jamais assez maigre, Les Arènes
extrait du livre Jamais assez maigre, Les Arènes

La mère de Victoire est très présente pour sa fille. Elle l’accompagnera à de nombreux moments dans sa courte carrière. Sa mère, c’est son phare dans la nuit, son repère car la majorité du temps Victoire est dans une extrême solitude encouragée par le climat de compétition, les nombreux déplacements et le rythme décousu du métier.

Malgré la présence de sa mère, son entourage a du mal à saisir la gravité de la situation. Ils veillent au grain mais en même temps veulent la responsabiliser face à son engagement. La jeune femme est perdue, esseulée et se sent incomprise. Sa carrière est heureusement parsemée de belles rencontres, autant du côté des créateurs et créatrices que des mannequins mais cela reste rare. La gentillesse, au contraire de la froideur et des abus de pouvoir, est malheureusement trop peu présente dans ce métier où le paraître supplante le reste et où les mannequins sont considéré.e.s comme des corps froids, de simples cintres dénués d’émotions qui doivent se plier entièrement au bon vouloir des ceux qui les entourent.

La destruction

Victoire décrit les attentes monstrueuses lors des castings, la compétition, le buffet dégueulasse réservé aux mannequins alors que le reste des équipes avait droit à de bons petits plats. Elle y conte les relations souvent superficielles, les propos et attitudes de grandes figures de milieu totalement abjects (genre Karl Lagerfeld qui déteste le gras et qui a horreur des seins chez ses égéries). Dans ce monde, les mannequins doivent s’adapter à ce qu’on leur demande, aux vêtements et même aux chaussures qu’on leur tend et qui n’existent qu’en une seule taille lors des castings ou des préparations de défilés.

Ostéoporose à même pas 20 ans, aménorrhée, sur-pilosité due au manque de nourriture, frilosité extrême, évanouissement. Une amie au cours d’un rendez-vous pro lui confie même qu’une mannequin est morte juste après un casting. Victoire se détruit mais surtout elle est poussée à se détruire et autour d’elle, quasiment tout le monde trouve ça normal.

Ce livre est un témoignage passionnant et dur sur les coulisses du mannequinat. Victoire Maçon-Dauxerre l’a écrit avec l’aide de la journaliste Valérie Péronnet et elles se sont basées sur le véritable journal intime de la jeune femme. La parole de Victoire est très intéressante et importante. Je déplore parfois quelques tournures maladroites sur certains sujets, sûrement dues à de l’ignorance et une certaine colère mais dans l’ensemble le livre est à lire pour comprendre l’enfer de cette industrie inhumaine (et polluante par la même occasion). N’hésitez à jeter un œil à ce livre mais également à tous les autres ouvrages et reportages à ce sujet :

  • Le plus beau métier du monde, Giulia Mensitieri
  • Sois belle et tais-toi, Amandine Grosjean
  • Dans l’enfer du mannequinat, Nikki DuBose

En France en 2017, une loi de 2015 est enfin entrée en vigueur : l’obligation pour un mannequin d’avoir un certificat médical pour exercer son métier, un certificat basé sur l’IMC et l’état de santé général. Désormais Victoire, via son livre et ses interventions médiatiques, met en garde les jeunes filles attirées par les sirènes et les promesses de gloire tout autant qu’elle alerte sur les dangers véhiculés par le monde de la mode comme l’obsession de la minceur, la pression mise sur l’apparence féminine et de plus en plus sur l’apparence masculine.

à voir également : cette participation de Victoire à cette émission ci-dessous

« on a plus le droit d’être un être humain »

4 commentaires

  1. paradisehunter35

    C’est un livre qui m’avait intrigué. Le temps a passé et je l’avais oublié.
    Ce monde de la Mode est d’une cruauté sans nom. C’est abjecte.
    Moi ce qui m’a toujours frappé c’est que ce sont des hommes qui habillent des femmes la plupart du temps (même si je trouve que depuis quelques années cela change). Ce qui donne des vêtements importables ou très entravant.
    Je pense au fameux New Look de Dior de 1947 qui arnacha à nouveau les femmes avec une taille de guêpe, des hanches marquées et des seins pointues.
    Déjà à cette époque, les mannequins devaient être très maigre. Je crois me souvenir que le grand photographe Irving Penn ou était-ce Erwin Blumenfeld… enfin bref, l’un d’eux disait qu’il n’aimait pas les mannequins qu’il photographiait parce que leur maigreur n’exprimait rien. Elles étaient loin de la réalité.
    Il serait intéressant de savoir quand la maigreur est devenue une tyrannie dans cet univers.
    Pourquoi faire des tailles 32 pour défiler ? Absurde !
    En tout cas cette dictature de la maigreur fait des ravages et personne ne semble prendre en compte ce fléau.
    Rare est la parole des mannequins. Je trouve qu’elle a eu du courage et que son message est plus qu’important dans une société où l’image est devenue le centre de nos vies.

    Aimé par 1 personne

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