Les femmes dans Le Cinquième élément de Luc Besson : c’est une blague j’espère ?

Il y a deux jours, on avait décidé de regarder quelques classiques du cinéma avec mon homme. Après une super expérience avec Le Silence des Agneaux de Jonathan Demme, on a enchaîné avec Le Cinquième élément de Luc Besson que mon chéri avait déjà vu pendant son adolescence. Pour moi c’était une totale découverte, et j’étais très impatiente de découvrir ce film culte. Ma déception n’a eu d’égale que mon agacement profond face à des clichés gros comme des éléphants au pays des planctons.

Le Cinquième élément, Luc Besson, 1997

Le Cinquième élément, Luc Besson, 1997

Dans Le Cinquième élément, en 2263, une menace ancestrale se profile et effraie l’univers. Pour sauver ce dernier, un seul espoir : le « cinquième élément », personnifié à travers le personnage de Leelo (Milla Jovovich). Dans sa quête pour défendre l’univers, elle va être « assistée » par Korben Dallas (Bruce Willis), un ancien militaire décoré reconverti en taxi.

Le film en soi est une épopée intéressante, très colorée où on nous sert un monde riche et varié. Néanmoins, il est très triste de constater que malgré  cette belle variété, les rôles féminins soient d’une telle pauvreté avec, en prime, un traitement très bas de plafond.

Uniformisation et sexualisation

Les hôtesses de l'air en costume qui posent avec Bruce Willis, Le Cinquième élément, 1997

Les hôtesses de l’air en costume qui posent avec Bruce Willis, Le Cinquième élément, 1997

Pour commencer, tous les personnages féminins ont le même corps : très svelte, sans aucun gras. Le pire c’est que la seule femme qui est en dehors de ces normes se fait humilier. Mais si rappelez vous ! L’armée via le Général Monroe propose à Korben Dallas de se rendre sur Fhloston Paradise sous couverture accompagné d’une « fausse » épouse en la personne d’une collègue nommée Major Iceborg. Korben juge alors du regard la dite collègue et proteste vivement (ça fait toujours plaisir un peu d’humiliation gratuite). Il ne veut pas être accompagné de cette collègue car elle n’est pas « à son goût », à aucun moment il ne s’intéresse à ses compétences et ses aptitudes en tant que militaire.

Même pour vendre des sandwichs il faut faire fantasmer dans ce film

D’autre part, toutes les femmes dans ce film sont ultra sexualisées. Notamment par leur habillement qui brille par la petitesse du tissu : jupe ultra courte, décolleté, ventre apparent… Non mais sans blague on en parle aussi du costume de Leeloo au tout début ?

Milla Jovovich dans le rôle de Leeloo

Milla Jovovich dans le rôle de Leeloo

Ces lanières blanches sont censées être « des bandages thermiques » (je cite), à mon humble avis, vu le peu que ça couvre ça ne vas pas réchauffer grand chose. Précisons une chose : s’habiller court n’est pas quelque chose de mal, pas du tout (on fait ce qu’on veut avec ses vêtements). Le problème dans le Cinquième élément c’est que cette charte vestimentaire est systématique (et souvent en dépit du bon sens). De plus, les tenues courtes sont des prétextes au rinçage de pupilles avec des plans sur les fesses ou directement sur les décolletés. J’ajouterai que la coiffure qu’arbore toutes les hôtesses (en plus de leur tenue),  renvoie fortement à l’imagerie des danseuses du Crazy Horse. L’univers du Crazy Horse est très connoté sexy et glamour, ce qui est chouette dans le cadre des spectacles mais je doute qu’un uniforme de ce style soit approprié ou indispensable sur un vol long courrier dans l’espace.

Le Cinquième élément, 1997. Les hôtesses à bord du Fhloston Paradise

Le Cinquième élément, 1997. Les hôtesses à bord du Fhloston Paradise

Les personnages féminins sont sexualisés via leur apparence directe mais également via le regard qu’on pose sur elles : c’est ce qui arrive par exemple au major Iceborg mais aussi et surtout à Leeloo. Leeloo est un être divin mais les personnages masculins n’ont de cesse de parler de sa chair. Ils n’arrêtent pas de la reluquer et de dire à quel point elle est parfaite (entendez plastiquement parlant hein). Donc non seulement on érige un type de corps comme une norme absolue de perfection mais en plus on réduit quasiment le personnage à cela tellement c’est répété.

La scène de sa « création » via une imprimante 3D du futur est très parlante. Une fois créée, elle est nue (puis presque nue, les bandages thermiques tout ça tout ça) et enfermée dans une cuve transparente. En face d’elle 5 ou 6 personnages, des scientifiques et des militaires, tous masculins sont ébahis devant son corps sculptural et le militaire en chef se permet cette boutade prononcée avec un regard lubrique : « Je prendrais bien quelques photos. Pour les archives… ». Leeloo est effrayée, seule et quasiment nue et tous les autres personnages se rincent l’œil.

Leeloo se maquille par « accident ». Là j’étais déjà à deux doigts de l’apoplexie

Pour finir, je ne parlerais pas de cette scène qui m’a fait bondir où Korben s’autorise à embrasser Leeloo qui est inconsciente. Heureusement, Leeloo lui fait bien comprendre que ça ne se fait pas et le menace de son arme. Manquerait plus que ça passe comme une lettre à la poste ce genre de comportement.

Le syndrome Trinity

Le « syndrome Trinity » est une tendance scénaristique très répandue qui consiste à refuser à un personnage féminin très compétent le statut de « héros » à la faveur d’un personnage masculin « banal ». Le plus souvent ce personnage féminin va accompagner le héros dans son évolution, sa quête. Elle lui est donc indispensable car ses compétences lui sont fort utiles. De plus, la plupart du temps, cette protagoniste féminine va également se transformer en ce qu’on nomme « l’intérêt amoureux » : elle devient un élément qui va motiver le héros via l’installation d’une romance entre eux.

 

En gros t’as beau être ultra badass, tu seras toujours 2ème derrière le mec de l’histoire et parfois tu seras juste réduite à un objet amoureux. Là encore le problème c’est le côté systématique de ce motif scénaristique (en plus de ce qu’il révèle de notre société). Le syndrome Trinity n’est pas forcément gage d’une oeuvre mauvaise (la nuance en toute chose comme disait Pascal), mais il met en avant une perfectibilité dans la représentation des personnages principaux (féminins surtout) dans la fiction. Malheureusement dans Le Cinquième élément, le syndrome Trinity s’ajoute à de nombreux autres clichés, et ça, c’est mal.

Pour plus d’explications sur le syndrôme Trinity je vous conseille l’excellent site Le cinéma est politique avec cet article : 10 films pour comprendre le « syndrome Trinity ». Mais aussi ce billet sur le blog (trop cool) Commando Culotte de Marion Malle : Les personnages féminins forts : bagarre mais pas seulement.

En quoi le Cinquième élément s’inscrit comme un exemple très parlant du syndrome Trinity ?

Leeloo, rappelons-le, est un être divin, le fameux cinquième élément et que de ce fait, elle possède des facultés qui dépasse de loin celles des humains. Elle est « l’être suprême, le guerrier absolu » comme il est dit dans le film. Et pourtant, sans Korben elle est perdue. Le personnage de la Diva explique en effet au personnage de Bruce Willis que Leeloo est « plus fragile qu’elle ne paraît. Qu’elle a besoin de son aide et de son amour [celui de Korben donc]. Sinon elle mourra ».

Que Leeloo soit aidée dans sa quête par d’autres personnages ça me semble normal étant donné qu’elle ne connaît pas le monde où elle atterri. Ce qui me semble dommage par contre, c’est que malgré les aptitudes de Leeloo, le personnage de Korben la traite souvent comme une femme-enfant immature et s’octroie la place de chevalier servant indispensable . On a par exemple droit à ce dialogue merveilleux entre Korben et Leeloo, où cette dernière se fait réprimander comme une enfant :

Leeloo : Hi !

Korben : Tu parles anglais ?

Leeloo : Oui j’ai appris.

Korben : On n’est pas en vacances. Je suis en mission pour des gens très importants. Sans moi, tu aurais de gros problèmes. Tu comprends « problèmes » ?

Leeloo essaye ensuite de rassurer Korben en lui disant de ne pas s’en faire, qu’elle est l’être suprême et qu’elle le protégera. Or dans les fait, bah c’est généralement Korben qui la protège. On passe donc d’un être divin, guerrier absolu à une simili demoiselle en détresse. Alors qu’elle est d’abord présentée comme un personnage compétent, Leeloo devient un personnage qui a besoin d’un homme pour réussir ce à quoi elle est destinée.

 

Et surtout, cerise sur le gâteau, Leeloo devient un intérêt amoureux (en plus d’être réifiée pour sa beauté sinon c’est pas drôle). En effet l’amour de Korben est nécessaire à la réussite de la mission comme l’a dit la Diva. La BLAGUE.C’est bon, carton plein on a bien un syndrome Trinity !

 

Tant de potentiel ainsi gâché. Ce film aurait pu être très chouette et je comprends pourquoi il a tant marqué une génération. Cela étant, il reste malgré tout envahi de clichés malvenus. Mon chéri, par exemple, qui avait pourtant gardé un bon souvenir du film quand il était ado, a lui aussi été interpellé lors de ce nouveau visionnage par la vision sexiste qui émane du long métrage. Imaginez alors tous ces adolescent.e.s qui ont du voir ce film. En substance c’est comme si on leur disait avec une tape sur l’épaule : le héros c’est toujours le mec, il doit protéger la femme et en prime si les femmes on peut les mater tranquille c’est pas plus mal.

Voilà c’est fini pour cette critique énervée du film culte qu’est Le Cinquième élément. J’espère que vous avez passé un bon moment sur VOUSMECASSEZLESOVAIRESAirlines.

Sache que je te juge Luc Besson. Si fort.

 

11 réflexions sur “Les femmes dans Le Cinquième élément de Luc Besson : c’est une blague j’espère ?

  1. Des livres et les mots dit :

    J’avais vu le film quand j’étais gamine, et effectivement avec des yeux féministes, ça fait bien mal. Comme d’habitude, parfait article ! Je rajouterai que pour l’aspect « femme enfant », il me semble que ça rentre tout à fait dans le trope du « Born Sexy Yesterday » dont franchement, on se passerait bien…

    Aimé par 1 personne

  2. Domisol dit :

    Je connais le 5e élément par coeur je crois, un film que j’adore avec des répliques cultes (le seul film que je regarde en VF je crois, mais les voix sont folles en français, beaucoup moins drôles en anglais), même si le côté machiste est extrêmement présent.
    Ceci dit, chez Luc Besson, ça arrive souvent je trouve (et chez bien d’autres aussi).

    J'aime

    • lapetitecreature dit :

      Comme dit l’article je comprends pourquoi le film est tant apprécié car il a vraiment de bonnes qualités : l’univers est chouette, c’est une vraie aventure. L’important c’est d’avoir conscience des défauts du film 🙂 Dans mon cas, les défauts sexistes m’ont fait passer à côté de tout le reste ^^ et ce sont des défauts qu’on retrouve effectivement chez plein d’autres !

      J'aime

  3. Marietournelle dit :

    J’avais un très bon souvenir de ce film, et tu viens totalement de le détruire ! 😂 j’ai dû le voir une paire de fois (mon dernier visionnage remonte à plusieurs années) et j’avais gardé le souvenir de cet univers futuriste plutôt sympa. Mais effectivement, les femmes seraient des plantes vertes, elles auraient exactement la même utilité (en moins sexy probablement). Ça fait du bien de lire une critique comme celle là (et on imagine bien ton énervement devant le film haha).

    Aimé par 1 personne

    • lapetitecreature dit :

      Désolée pour la destruction de ton souvenir ^^ mon énervement a été à la hauteur de ma déception car beaucoup de personnes de mon entourage m’en avait parlé en bien, j’avais donc hâte de le voir (échec cuisant). à bientôt j’espère !

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s