Dyspareunies, vaginisme et rééducation du périnée

Oui va être intime toi et moi aujourd’hui mais c’est pour la bonne cause. On va causer douleurs sexuelles et notamment douleurs vaginales et pour cela je vais m’appuyer sur mon expérience (car après tout on est jamais mieux servi que par soi même) ainsi que sur les différentes sources qui m’ont permis d’enrayer ce problème (et en particulier le génial site Les clés de Vénus).

J’ai souffert de ce qu’on appelle une dyspareunie. En voici la définition selon Les clés de Vénus : « La dyspareunie est un terme générique pour désigner toute douleur génitale persistante ou récurrente, ressentie pendant ou après un rapport sexuel, allant parfois jusqu’à rendre impossible la pénétration vaginale. Selon des études canadiennes, il est estimé que 20 % des femmes souffrent de dyspareunies. » 

Il y a de nombreuses causes de dyspareunies comme l’endométriose, la sécheresse vaginale … Dans mon cas c’était du vaginisme !

Cette vidéo de Parlons peu mais parlons est une très bonne introduction concernant ce souci :

Historique de mes douleurs

J’ai souffert dès le début de ma vie sexuelle. Ma première fois a été très douloureuse, et ce à tel point que je me suis retrouvée « bloquée » pendant des années. Entendez par là que pendant environ 3 ans, je n’ai pas pu expérimenter la pénétration. Je disais en riant que j’étais mieux gardée qu’un coffre de casino. Sauf que c’était un enfer. J’étais comme verrouillée et rien ne passait (y compris les tampons que je n’ai jamais pu mettre). J’avais du désir mais quand venait une tentative de pénétration c’était impossible et très douloureux. Et je ne vous parle même pas des examens gynécologiques qui étaient très stressants et invasifs pour mon corps.

J’ai cru que j’étais mal formée, que j’avais une anomalie physique. Un jour, il y a quelques années, une gynéco m’a dit que j’étais normale mais que j’avais une ouverture étroite. Je n’ai pas compris. Comment étais-je censée être normale si l’entrée de mon vagin était étroite ? Dans ma tête ça voulait dire que je souffrirais parce que mon corps était ainsi fait. Je sais maintenant grâce à la merveilleuse sage-femme que je consulte que c’était un commentaire ridicule et qui manquait totalement de sens : non je n’ai pas une entrée étroite, je contracte à mort, c’est différent. Mon problème n’était pas une anomalie physique mais le vaginisme qui est un trouble psychosomatique.

Avec beaucoup de patience, un partenaire compréhensif j’ai réussi au début de mes années d’études supérieures à passer le cap. Puis le problème est revenu, c’était très douloureux à tel point qu’après un rapport je n’arrivais pas à aller à la selle pendant 24H car la peau près du vagin (et donc de l’anus) était endolorie, comme échauffée (oui autant être honnête, désolée pour les détails). Puis j’ai rencontré mon chéri actuel qui est quelqu’un de très à l’écoute et de compréhensif. Le soucis avait disparu, j’étais épanouie à ce niveau là puis insidieusement il a refait surface. Quelques douleurs qui se sont transformées parfois en petits saignements et qui progressivement (car c’est un cercle vicieux) ont entraîné une appréhension, qui elle-même n’a fait qu’aggraver le problème. La boucle était bouclée et c’était repartit pour l’enfer.

Le cercle vicieux du vaginisme, issus du site Les Clés de Vénus
Le cercle vicieux du vaginisme, issu du site Les Clés de Vénus

Dans le même temps, pour d’autres problèmes j’ai consulté une super psychologue. Je lui ait fait part de mon historique compliqué à ce niveau là et elle m’a conseillé la rééducation du périnée. C’était une solution que j’avais déjà entendu parmi d’autres. Pendant un temps j’avais même songé à faire une opération. Néanmoins j’avais beaucoup de mal avec l’idée de la rééducation car ça signifiait me mettre à nue (littéralement) et laisser une personne approcher cette zone si sensible. J’avais très peur de ressentir la même chose que chez le/la gynécologue, à savoir : un incroyable sentiment de vulnérabilité accompagné d’une vive douleur.

Mais ma psy a insisté et m’a donné le nom d’une super sage-femme, assez experte dans les pathologies liées à la douleur. J’ai hésité, longtemps. Puis un jour, n’en pouvant plus de ce vaginisme qui pourrissait ma vie intime, je me suis décidée et j’ai dégainé mon téléphone.

Comment traiter le problème du vaginisme ?

S’occuper du symptôme physique

Esther a également sorti une vidéo qui parle du vaginisme. Elle a invité Mame qui en a souffert et qui désormais conseille les femmes qui sont confrontées à ce problème délicat. L’entretien est intéressant et le témoignage est pertinent sur de nombreux points : beaucoup de femmes se reconnaîtront. Néanmoins, la guérison du vaginisme y est surtout abordée d’un point de vue psychologique, du moins c’est ce que j’ai compris au fil de la vidéo. En soi ce n’est pas faut car le vaginisme est un trouble complexe qui lie corps et esprit. Consulter un psychologue ou un sexologue est une très bonne idée mais ce ne sont pas les seules solutions. Je pense en effet qu’il est aussi important d’explorer physiquement la chose comme avec la rééducation du périnée par exemple.

La rééducation du périnée

De fait, le vaginisme provient d’une contraction involontaire et puissante des muscles du périnée. Le périnée, ou plancher pelvien, est composé de deux muscles et le tout forme un espèce de losange ou de hamac autour des organes génitaux et de l’anus. Le but du périnée est notamment de soutenir les organes internes. Très souvent, quand on parle de rééducation du périnée c’est à propos des femmes qui viennent d’accoucher car elles doivent le retonifier (afin d’éviter descente d’organes et incontinence par exemple) car un accouchement est une épreuve pour cette zone et il faut la remettre à neuf si on veut. Néanmoins, il est également possible de faire de la rééducation dans le sens inverse : lui apprendre à se détendre !

Qui peut faire cette rééducation ?

Comme l’indique la vidéo de Maud et Juliette, on peut consulter un kiné pour faire la rééducation du périnée (après accouchements ou pour dyspareunie) mais vous pouvez aussi aller chez une sage-femme ! C’est d’ailleurs cette option que m’a recommandé ma psy. Consciente de ma peur et de ma crainte d’être incomprise, elle m’a plutôt conseillé une sage-femme au lien d’un ou d’une kiné. Pour autant, les deux professions se valent et sont aptes à aider les femmes pour ce problème. Je pense que dans mon cas c’est parce que ma psy connaissait la praticienne parfaite dans ma ville. Dans votre cas, la personne parfaite sera peut-être kiné : ça dépend du feeling que vous avez avec elle. Personnellement ce que j’aime avec une sage-femme c’est le fait que leur savoir est centré sur le corps féminin et ses singularités : pour moi c’était donc plus logique quelque part. De plus, l’avantage c’est qu’une sage-femme est aussi apte à faire le suivi gynéco de base. Pour les femmes qui fuient les gynécologues comme moi, ça peut être une super alternative car j’en étais venu à ne plus vouloir y aller et à les fuir comme la peste, hommes ou femmes.

La rééducation est-elle remboursée ?

Oui elle est en partie remboursée. Pour ce faire vous devez vous faire prescrire les séances soit par un gynéco, soit par votre médecin traitant.

Comment ça se déroule une séance de rééducation ?

Lors de la première séance, il a fallu évaluer les dégâts. Ma sage-femme m’a donc demandé si elle pouvait m’examiner. C’était la première fois qu’on me demandait. Cette question toute bête, humaine après tout, m’a beaucoup soulagé. J’ai dit oui car bon je savais bien qu’il allait falloir regarder là dedans mais ne serait-ce que par principe ça fait du bien qu’on nous demande avant. Avec douceur elle a évalué les tensions et les endroits qui se contractaient. Elle m’a prescrit une préparation à aller chercher en pharmacie qu’on utiliserait pendant les séances. C’est une préparation légèrement anesthésiante et grasse à appliquer sur la zone et qui permet d’atténuer les douleurs et d’hydrater la muqueuse (ultra important).

Ensuite, dans mon cas, la séance se déroule en deux temps. Pendant cinq/dix minutes c’est un massage interne. La sage-femme introduit ses doigts et appuie à divers endroits. Elle me demande de respirer et parfois de serrer et de desserrer autour  de son doigt par exemple. Elle masse diverses zones et le but c’est que j’arrive à contracter le moins possible. Ensuite, c’est un massage externe. Elle me masse le ventre et aussi les fesses pour détendre les nœuds et les contractures qui sont dans tout le plancher pelvien.

Alors efficace ?

L’idéal est de commencer par deux à trois séances par semaine pour que les bénéfices ne se perdent pas entre les séances. Il est également bienvenu de se masser chez soi. J’ai commencé en décembre et j’ai vu assez vite des résultats : la gêne qui diminue au fil des séances, une meilleure détente des muscles et surtout une désacralisation totale de cette zone ! Avant j’avais tendance, à cause de l’appréhension et de mes mauvaises expériences, à me dissocier de cet endroit de mon corps. Y être confronté 3 fois par semaine m’a permis de vraiment me détendre sur ce point. Petit à petit j’ai arrêter d’en faire tout un plat et j’étais plus sereine. Cette détente psychologique, cette dédramatisation, m’a permis de me reconnecter à mon corps, à mon désir et à mes envies. J’ai repris confiance et ça va bien mieux même si ce n’est pas encore parfait.

Autres solutions liées à la rééducation du périnée

Vous pouvez vous servir de dilatateurs vaginaux. Ce sont des petits tubes de diamètres différents qui ont pour but d’habituer le vagin à un diamètre spécifique puis d’augmenter petit à petit jusqu’à la taille standard d’un pénis. Dans le même genre, je vous conseille mesdames l’achat d’un godemiché. Oui, un godemiché. Croyez moi ça aide VRAIMENT. Car avant de tester avec son partenaire, il faut d’abord se retrouver soi ! Un godemiché permet d’allier plaisir et « entraînement » si on veut et c’est l’idéal pour amorcer un déblocage et prendre confiance.

En bref mes conseils concernant le vaginisme

1/ La pénétration n’est pas indispensable. Le sexe est riche en pratiques diverses. Explorez votre corps et ne faites pas de la pénétration le Graal suprême de la relation sexuelle (même si ça peut être chouette on est d’accord).

2/ Entoure toi de personnes compétentes, douces et compréhensives ! Que ce soit des psychologues, des gynécologues, des sexologues, des kinés ou des sages-femmes, tu mérites des personnes qui te respectent, entendent et ne minimisent pas ta douleur. Pour cela renseigne toi autour de toi ou consulte par exemple le site GYN&CO qui recense une liste de soignants féministes. Je repartage également le site Les clés de Vénus qui est d’utilité publique pour mieux comprendre les douleurs sexuelles.

3/ Traite la tête Et le corps ! Exprime tes peurs, tes appréhensions, tes mauvaises expériences et reconnecte toi à ton corps, d’abord seule puis en couple. Sois à l’écoute de ton désir, de ton cycle si tu es sensible à ses variations. Le but c’est de se faire plaisir et de s’épanouir dans sa sexualité.

4/ Vas à ton rythme !

5/ Communique avec ton ou ta partenaire. Les effets du vaginisme sur la libido sont réels et il est important d’être franche et de ne pas se murer dans sa douleur. Il faut discuter et en parler !

Je vous conseille également de jeter un coup d’œil à une série d’articles sur Madmoizelle qui partage le témoignage d’une femme qui souffre aussi lors de la pénétration :

Je suis une femme qui souffre le martyre pendant la pénétration, voici mon histoire

 

 

 

6 commentaires

  1. Des livres et les mots

    Merci pour le partage de ton expérience !
    Je connaissais le terme de « vaginisme » mais pas du tout « dyspareunie », ni le site des Clés de Vénus que je vais éplucher de ce pas. Par ailleurs, je ne savais pas du tout qu’une sage-femme pouvait faire de la rééducation là-dessus, je pensais qu’il fallait obligatoirement aller voir un·e kiné (ce qui ne m’enchantait pas du tout). Je vais donc explorer cette possibilité, merci !

    Aimé par 1 personne

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