Chilling Adventures of Sabrina

Chilling Adventures of Sabrina rejoint les rangs des remakes de licences, à ceci prêt qu’elle dispose d’une base papier puisque cette version de Sabrina est issue d’une série de comics provenant du même univers que Riverdale. Alors succès ou ratage ?

Chilling Adventures of Sabrina Netflix

Voilà ce que je disais dans le pot pourri culture d’Octobre quand j’avais commencé la série :

« Je n’ai pas encore terminé la première saison mais pour l’instant j’aime bien. Le premier épisode m’a fait un peu peur car je trouvais que la réalisation était trop rapide et coupée. Elle ne prenait pas le temps de se poser et j’ai trouvé ça dommage. Après ça va mieux et la mise en place de l’histoire se fait à un rythme correct. Il faut savoir que cette nouvelle version de Sabrina s’appuie sur une série de comics de chez Archie Comics à qui on doit également le matériau de base de Riverdale. Effectivement, il y a une ressemblance visuelle entre les deux séries (pour le peu que j’ai vu de Riverdale) et on parle même d’un possible crossover entre les deux. Bref, j’aime beaucoup cette version plus dark de Sabrina et l’ambiance est top. J’attends de voir la suite pour avoir un avis tranché. Notamment l’aspect féministe ainsi que le traitement des sorcières qui pour l’instant est assez négatif (en gros c’est des méchantes) mais qui va sans doute être nuancé dans les prochains épisodes (en tout cas je l’espère). »

Mon avis après avoir fini la première saison et l’épisode de Noël

J’ai définitivement adoré. J’ai d’ailleurs trouvé que la série gagnait en qualité au fil des épisodes mais c’est probablement parce que l’univers s’étoffait et que les personnages gagnaient en profondeur. Mon mec, lui, a pris la série en cours de route et l’a suivie avec un plaisir non dissimulé. Mais alors qu’est-ce qui fait de cette nouvelle version de Sabrina une réussite ?

Les personnages : un message politique

Les personnages sont tous intéressants, que ce soit les mortel.le.s ou les sorciers et sorcières. Tous ont une histoire, des aspirations et des failles, à commencer par Sabrina qui se sent tiraillées entre ses deux vies. Son entourage aussi doit gérer des problèmes personnels et c’est alors toujours l’occasion de pointer des choses importantes et/ou de société :  les galères financières, l’alcoolisme, le sexisme ou la LGBT+ phobie.

À mon sens Chilling Adventures of Sabrina est résolument féministe (et inter-sectionnelle) et ça fait du bien à l’écran. Ce féminisme prend parfois des allures de Girl Power Badass et irrévérencieux selon les personnages: jouissif !

@WITCHPDX
@WITCHPDX

De plus, la série met en valeur les liens tenaces et anciens entre féminisme et sorcières avec la création par Sabrina et ses ami.e.s du club WICCA (Women’s Intersectional Cultural and Creative Association) qui n’est pas sans rappeler la célèbre et réelle organisation féministe W.I.T.C.H (Women’s International Terrorist Conspiracy from Hell), créée aux Etats Unis à la fin des années 60 et qui bénéficie de l’investissement d’une nouvelle génération à travers le mouvement intersectionnel W.I.T.C.H PDX créé lui en 2016.

https://www.konbini.com/fr/tendances-2/portland-witch-pdx-groupe-feministe

→ site de W.I.T.C.H PDX : https://www.witchboston.org/about/

Les sorcières qui d’abord apparaissent comme méchantes gagnent ensuite en nuances. Elles se révèlent être, un peu comme la famille Adams, des personnages particuliers avec un sens des valeurs qui jouent de son opposition avec le sacro-saint modèle catholique (appelée la « fausse église » dans la série) mais au fond pas si différents de nous. La famille de Sabrina est remplie d’amour mais le monde des sorciers et des sorcières de Greendale est imparfait et soumet ses disciples à des épreuves difficiles que le personnage de Sabrina remet souvent en question du fait de son métissage sorcière/mortelle. Le tout est très intéressant et permet des renversement de situations comiques comme les fameux « Satan soit-loué » à la place des traditionnels « Dieu soit loué »!

J’adore les deux tantes, si différentes mais si unies. Un lien fort qui n’empêche pas Zelda de zigouiller régulièrement sa sœur Hilda avant de la ressusciter quand celle-ci lui casse trop les pieds ! Ambrose, le cousin de Sabrina qui vit avec elles et ses tantes est un ajout sympathique, toujours là en soutien et plus ou moins de bons conseils.

Une photographie léchée

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L’ambiance est assez sombre en terme de lumière, c’est souvent terne et lugubre mais quand la couleur arrive, elle est magnifique et souligne le fantastique, notamment le rouge qui est souvent mis en avant (et ça me réjouit vu mon amour sans limite pour le rouge). Le rendu est donc effectivement proche de Riverdale (logique au vu de leur parenté) mais Sabrina parvient à se démarquer sans difficultés grâce à tout le background magique qui permet de varier les possibilités et d’enrichir significativement l’atmosphère.Chilling Adventures of Sabrina Netflix

Il y a ainsi un sacré travail de décor avec par exemple le « manoir » des Spellman qui est superbe, entre le vintage et le gothique (je veux cette déco tout partout dans mon chez moi), sans parler des costumes et notamment ceux des sorcières, toujours soignés en fonction des personnalités.

Un univers riche en références

Chilling adventures of Sabrina

L’univers de la série puise dans de nombreuses œuvres ou légendes fantastiques ou ayant trait aux sorcières. Les « Weird Sisters » sont une référence évidente aux trois sorcières de la pièce Macbeth de Shakespeare que l’on nommait « The Three Witches » ou « The Weird Sisters ». A la différence des vieilles de Macbeth, les weird sisters à la sauce Sabrina sont plus jeunes et tiennent plus de Mercredi Adams que de la vieille au nez crochu. On peut également y voir une référence à un autre trio : celui des Wyrd Sisters, les sorcières des Annales du Disque-monde de Terry Pratchett. De toute façon, les trios sont indissociables des sorcières comme je l’ai expliqué dans un de mes articles sur Charmed ou comme cet article anglophone le rappelle aussi très bien. En cela Les Nouvelles Aventures de Sabrina sont totalement fidèles à cette importante notion du triple.

Comme nombre d’œuvres parlant de sorcellerie, on trouve également des familiers dont le chat noir de Sabrina, Salem, est l’un des plus célèbres représentants malgré sa discrétion dans la série.

J’aime aussi l’apport de références païennes. Je ne suis pas experte en la matière car je m’estime encore débutante mais je trouve que la série est riche en clins d’œil et informations diverses comme le fait de fêter Samhain ou Yule, deux célébrations présentes au début et à la fin de la première saison. Sabrina est en effet née le 31 octobre jour de Samhain (malheureusement la série prononce mal le mot) et on a l’épisode spécial de Noël qui traite en fait de Yule, le Solstice d’Hiver. Dans cet épisode d’ailleurs, les sorcières expliquent une chose avérée qui est que le sapin de Noël que nous installons tous dans nos maisons début décembre est en fait à l’origine une tradition païenne et non pas chrétienne. Comme je l’ai expliqué dans l’article sur Halloween, le Christianisme a dans le passé incorporé des traditions païennes afin de se les approprier et par la même de se faire adopter plus facilement par les populations, ce qui a été le cas avec Yule et Noël.

Chilling Adventures of Sabrina Archie ComicsNéanmoins malgré l’apport païen conséquent, la vision de la sorcellerie dans la série s’appuie en partie sur l’imagerie fomentée par l’Inquisition (avec Satan et tout le blabla), ce qui n’est pas le cas dans la vraie sorcellerie. Cette dernière souffre encore parfois de ce fantasme issu du passé et c’est malheureusement cette façon de voir les sorcières qui est le plus ancré dans l’imaginaire collectif. D’où probablement un tel choix scénaristique puisqu’il permet de parler au plus grand nombre via des choses que tout le monde connaît. Un choix qui date du comic book d’origine, Chilling Adventures of Sabrina, publié en 2014 dans la collection Archie Horror. Le personnage initial de Sabrina date lui des années 60 avec la série de comics Sabrina the Teenage Witch. Cette volonté de lier la sorcellerie au satanisme a d’ailleurs soulevé des critiques parmi les spectateurs comme l’explique un article de Refinery 29 (que vous trouverez en source) : « For a show about witchcraft, there’s a lot about Satanism. IRL, those are two separate things, so some fans were surprised to see them conflated along with other Pagan religions. » Lisa Soper, la gérante des décors sur la série, elle-même païenne, justifie ce choix pour des raisons créatives et scénaristiques. Il y a d’ailleurs un conflit autour de la statue de Baphomet présente dans l’Académie des Arts Invisibles dans la série. The Satanic Temple (une organisation pas du tout maléfique contrairement à ce que laisse penser le nom) proteste contre la présence d’une réplique de leur statue dans le show sans leur permission au préalable, et ça j’admets que c’est pas cool du tout alors j’espère que la série rattrapera cette erreur.

Pour en revenir au mélange des visions autour de la sorcellerie, cela ne me dérange pas car le tout est souvent nuancé. Sabrina, de fait, n’hésite pas à critiquer certaines pratiques des sorcières et leurs traditions occultes par exemple. Et puis j’avoue que des sorcières un peu maléfiques sur les bord c’est parfois très chouette car cela bouscule notre sens moral et donne de beaux moments d’impertinence.

La série propose également des déités issues de panthéons variés en les remaniant plus ou moins, à l’instar du démon Apophis du panthéon égyptien ou encore l’énigmatique Gryla de l’épisode de Noël qui est à l’origine une géante de la mythologie islandaise. Elle est effectivement liée à la période de Yule et à ses festivités :  c’est une dévoreuse d’enfants pas sages, une sorte de Krampus au féminin.

Conclusion

Je pense que Chilling Adventures of Sabrina est une très bonne série. Elle est divertissante, belle et fourmille de références. Elle n’est pas parfaite mais je la trouve intéressante pour le mélange des genres qu’elle propose et les thèmes qu’elle aborde. Une série à voir pour tout amateur ou amatrice de fantastique ou qui voudrait s’y mettre !

 

Sources / Pour aller plus loin :

Une autre critique de la série que j’ai trouvé très chouette sur le blog Une Tortue Liseuse.

Elite daily – Who Is Gryla From ‘Chilling Adventures Of Sabrina’? The Winter Witch Is A Old Folk Legend

Refinery 29 – Why The Weird Sisters In Chilling Adventures Of Sabrina Seem So Familiar

The Chilling Adventures of Sabrina Kicks Off With a Dark Baptism — A Witch Explains

Refinery 29 – Chilling Adventures Of Sabrina’s Pagan Set Designer Defends The Show’s Controversial Religion

Konbini – à Portland, un groupe de sorcières activistes lutte pour les droits des femmes

 

2 commentaires

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